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15 mars 2006

322.1

Classé dans : ...autres, Papa et Maman — In Zikh @ 1:37

L’autre soir, avant le concert, j’entends dire “…et il ne se souvient pas de moi !” ; l’homme qui avait prononcé ces paroles qui m’étaient adressées se tenait juste devant moi, et parlait avec K. que je venais de saluer sans le remarquer, lui. Il se présente : nous avions été collègues, dans un passé lointain. Je retrouve alors les traits de son visage, mais il avait changé ; c’est pour cela que je ne l’avais pas reconnu, il faisait partie de la foule anonyme qui commençait à remplir le hall.

Le passé me touche toujours ; même si nous n’avions jamais été amis, j’étais curieux de savoir ce qu’il était devenu, je le lui demandai. Il répond d’un mot, puis s’éloigne. Pourquoi s’était-il identifié, si c’était pour repartir immédiatement ? Après un bref moment de surprise, je le sens se dissoudre dans mon souvenir avec une indifférence qui me surprend.

J’en parlais tout à l’heure à Andrès qui l’avait connu à cette période. Il me pose la même question, “qu’est-il devenu ?” J’avais envie de répondre : “rien” - car pour moi, il n’était pas arrivé à reprendre corps ; je balbutiai quelques mots, et nous passâmes à autre chose.


Ceux que j’ai connus forment le paysage de ma vie. Qu’ils soient au premier ou à l’arrière-plan, j’en garde souvent un souvenir très vivace. Le temps passant, je suis curieux d’en retrouver, comme lorsque je tombe sur une photo d’antan un peu jaunie et cornée, et que je la compare à mon souvenir. Celle de papa que j’avais prise adolescent et que j’ai retrouvée hier par hasard, m’a frappée avec une force étrange : je le reconnaissais évidemment, et pourtant en l’examinant de près je le trouvais différent, comme étranger. Ce n’était plus que de loin que je savais qui il était.

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31 octobre 2005

202.4

Classé dans : M.Z., Papa et Maman — In Zikh @ 9:30

Je connais Martin depuis si longtemps. Sa femme, récemment disparue et qui m’aimait bien, m’a-t-il récemment écrit, avait travaillé avec Papa, mais je ne l’ai su que bien plus tard, quand j’ai fait connaissance de Martin dans mon cadre professionnel. Puis nos chemins ont divergés, distance oblige, pour se rencontrer grâce à l’Internet.

En réponse à sa question si perceptive (comment pouvait-il s’en douter, à des milliers de lieues de distance ?), je venais de lui raconter, désabusé, comment mon invention, celle qui a donné finalement tout son sens à mon oeuvre professionnelle, était toujours en danger de disparition ; comment elle venait d’être reproduite à bien plus grande échelle ailleurs - ce qui me conforte dans le constat de son originalité et de son utilité intrinsèques - mais sans aucune reconnaissance : bien au contraire, lors de sa toute récente inauguration à grandes pompes, j’ai entendu dire que c’était la première fois que… le premier lieu où…

Il me répond : Notre séjour ici est très court et on doit penser positif, en avant. Le soleil donne de l’ombre et de la lumière, il est mieux de regarder la lumière. Venant du coeur d’un homme à l’automne de sa vie et qui vient de perdre sa compagne aimée, ces paroles méritent que je prenne le chemin pour tenter de m’approprier cet état d’esprit, pendant qu’il est encore temps.


Même s’il est toujours temps, on le laisse trop souvent passer, justement pour cette raison.

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19 octobre 2005

195.1

Classé dans : A.M., I&M.M, Papa et Maman — In Zikh @ 1:47

Le passé des miens fait aussi partie de mon présent. Je me suis toujours senti étrangement proche des membres de ma famille et de leurs proches amis que je ne connaissais, pour certains, que par ouï-dire, uniquement parce qu’ils étaient de ma famille, et cela me prédisposait favorablement à leur égard ; ce n’est qu’exceptionnellement que, se concrétisant, la rencontre n’ait pas continué à se construire. L’étrange sentiment d’amitié, voire de familiarité, qui m’a lié à Anne, amie de jeunesse de Maman que je n’ai rencontrée qu’après le décès de Maman, en est l’une des manifestations ; ou celui qui me lie à Mollie, et pourtant nous sommes cousins à la mode de Bretagne. Ce rapport quasi-tribal à mes proches n’a pas été exclusif ; au contraire, il m’a aidé à créer des liens d’amitié tout aussi solides et durables avec des personnes rencontrées bien au dehors de ce cercle, auquel il s’est ouvert chaleureusement sans pour autant les étouffer.

Ce passé se manifeste aussi par des objets, pour certains anodins, sans aucune valeur vénale, qui sont pourtant chargés de précieux souvenirs, tel le porte-monnaie de Maman, qui vient de rendre l’âme et que j’ai pu jeter finalement sans regret, m’en étant servi avec grand plaisir ; il a vécu sa vie. Certains portent un témoignage : photos, lettres… ah, l’écriture ! j’y entends la voix de ceux qui avaient tenu la plume ou le stylo ; plus encore, il y a des cassettes sur lesquelles une amie avait enregistré un entretien avec Papa, que je n’ai jamais pu me résigner à écouter, tant je crains d’entendre sa voix résoner autour de moi ; elle est en moi, elle y restera.

Même si mes souvenirs sont si forts, je ne cherche pas à faire revenir les morts. Il n’y a pas de retour.


Les échos de mon passé auraient pu être des boulets qui m’empêcheraient d’avancer, ou, à l’inverse, des racines, de celles qui permettent d’être debout sur des épaules de géant ; dans ce monde qui change avec une vitesse accrue, ce n’est pas tant une nostalgie qu’un point de repère qui permet de ne pas être enlevé dans la bourrasque.

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18 octobre 2005

189.3

Classé dans : ...autres, Madame D***, Papa et Maman — In Zikh @ 22:47

C’est lorsque maman eut besoin d’une assistance quotidienne à domicile que Zoubida commença à travailler chez elle. Cette femme, la quarantaine florissante, était une aide parfaite : aimable, patiente et attentionnée et particulièrement lors des périodes de maladie. C’était un soulagement pour moi : même si j’étais toujours sur le qui-vive, je savais que je n’étais plus toujours tout seul à l’être, pendant ces quelques heures que Zoubida passait auprès d’elle. Au fil du temps, nous apprîmes qu’elle avait des problèmes de tous ordres : familiaux (avec un fils adulte qui devait se droguer), financiers… Maman, qui avait le coeur sur la main et surtout une vocation salvatrice ancrée dans un profond sentiment de culpabilité dostoïevskien (et pour cause), ne demandait qu’à l’aider ; nous le fîmes dans la mesure de nos moyens, même si j’étais plus réservé, ne connaissant pas vraiment Zoubida et connaîssant trop bien maman.

C’est en m’occupant de ses comptes que je remarquai que sa facture de téléphone avait augmenté de façon significative. Je savais que maman appelait nos proches ici et à l’étranger, le téléphone devenant, avec les infirmités, un lien social de plus en plus vital ; mais les sommes étaient trop élevées. Dans le relevé détaillé que je reçus, je trouvai à ma stupéfaction que l’essentiel des appels avait été passé vers le pays d’origine de Zoubida. Malgré l’évidence, celle-ci nia avoir appelé. Après que je l’eus mis en demeure de cesser faute de quoi je défalquerai ces sommes de son salaire, la facture revint à la normale.

Quelque temps plus tard, je n’arrivai plus à retrouver certains habits de maman, lorsque je les cherchai pour l’encourager à en changer. Maman ne savait pas ce qu’il en était advenu, et je ne me doutais encore de rien : c’était une disparition inexpliquée, je me demandai si maman ne les avait pas donnés à son aide (à laquelle elle ne refusait rien), et l’avait oublié ou n’osait me le dire. Mais ce fut à la veille d’un dîner festif auquel j’avais invité maman, que les choses commencèrent à se dessiner : maman voulait mettre, pour l’occasion, les quelques bijoux qu’elle tenait de Madame D***, chez laquelle elle grandi après son arrivée en France, et qu’elle avait portés rarement mais avec fierté : sa beauté en était comme illuminée par cette très belle broche en or ancienne que je n’avais cessé d’admirer depuis mon enfance sans concevoir qu’elle avait une autre valeur qu’esthétique et affective, par la bague (de platine, me semble-t-il; avec une petite pierre bleue) ou par le collier de perles. Elle n’arriva à les trouver. Nous mîmes le petit appartement sans-dessous-dessus, mais en vain. J’étais déchiré entre le soupçon croissant et la crainte de perdre une aide efficace.

Ce qui déclencha la crise, ce fut finalement le jour où maman me dit qu’elle ne retrouvait plus son alliance de mariage ni celle de papa, qu’elle avait enlevées un soir. Je n’avais aucune preuve, alors comme avant, mais je n’avais plus de doute : je ne cherchai plus qu’à me débarrasser de cette femme malhonnête et exploitatrice, dont la politesse n’était en réalité que le l’obséquiosité, l’attention un atout pour dénicher ce qu’elle pouvait subtiliser, et la patience l’attitude nécessaire pour attendre le bon moment pour le faire. Même là nous ne pûmes le faire qu’en lui payant de belles indemnités…

Au-delà de la perte matérielle, ce dont souffrait maman c’était de ne plus avoir ce dernier objet qui lui rappelait papa, l’alliance qu’il lui avait donnée à leur mariage, à laquelle s’était rajoutée celle de papa à son décès. à sa demande, je lui en achetai une autre, et, bien heureusement, elle oublia, au bout d’un temps, que celle-ci n’était qu’un substitut.


L’alliance, de symbole, était devenu un substitut à la présence de papa à ses côtés. Les bijoux, maintenant disparus, lui rappelaient sa jeunesse. Leur vol a été, pour moi, une blessure profonde, au constat de la souffrance mélancolique qu’il a causé à maman. Même après toutes les années qui ont suivi la disparition de maman, je ne peux me défaire de la colère encore violente que je ressens à l’encontre de la personne qui l’a causée et qui a abusé de notre confiance et de l’état de faiblesse de maman.

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20 juillet 2005

150.1

Classé dans : Papa et Maman — In Zikh @ 9:08

Si je sais le lieu des tombes de mes parents, je ne connais pas celles des leurs ; pour certains, ils n’en ont pas, et pour d’autres il doit être pratiquement impossible de la trouver ; c’est un manque qui ne se comble pas, et je comprends le sentiment de ceux qui ont perdu des proches dans des conditions qui ne permettent pas de retrouver leurs corps pour leur donner une sépulture : il est difficile de pleurer dans un nulle-part.

Quand je suis devant celles de Maman et Papa, je sais qu’ils n’y sont pas vraiment. Ce n’est donc pas ce qui se trouve en ce lieu qui m’émeut, mais ce que j’y apporte dans mon for intérieur. Il n’a de sens que pour moi et pour ceux qui les ont connus et aimés.


Il en va ainsi de tout lieu que l’on dit “chargé d’histoire” ; celui qui ne la connait pas n’en percevra pas la charge. à l’inverse, l’histoire a besoin de symboles qui permettent plus facilement de la fixer dans le temps qui passe.

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6 juillet 2005

148.3

Classé dans : N.K., Papa et Maman — In Zikh @ 8:50

C’est dans un compartiment de train qui nous emmenait à Venise à l’époque du carnaval que je rencontrai Natacha. Je commençai à faire sa connaissance au cours quelques jours magiques que nous y passâmes ; compagnons de voyage réunis par le hasard, d’un voyage de comité d’entreprise, nous avions tous sympathisé et étions partis à la découverte d’une Venise de rêve tourbillonnant et hors du temps.

Natacha était très réservée, au contraire de Claudine, une de ses collègues, dont j’avais entendu la voix claire retentir joyeusement dans le corridor avant qu’elle n’envahisse, toute souriante, le compartiment où je me trouvais. Pendant les mois qui suivirent ce voyage, je les revis régulièrement, ensemble ou séparément, et tout ce que j’appris à propos de Natacha me venait de Claudine : qu’elle avait été mariée, qu’elle avait des enfants… Elle-même ne m’en disait encore rien ; je voyais bien qu’elle était sur ses gardes, et qu’une grande partie de son énergie allait à maintenir l’image d’une femme encore jeune et dynamique.

Ce n’est qu’au fil des années que j’appris qu’elle était grand-mère, qu’elle tirait le diable par la queue, que sa vie amoureuse était un désastre périodique ; naïve, romantique et intensément tragique comme le sont souvent les russes issus de l’immigration, elle se faisait régulièrement exploiter affectivement et financièrement par des hommes roués et sans scrupules, souvent louches et marginaux.

Passionnée par son métier, elle faisait voir ce qu’on ne savait regarder. J’étais touché par ce personnage balloté comme une barque sur une mer déchaînée, et je l’appelais régulièrement pour lui proposer un déjeuner - ce qu’elle acceptait toujours avec plaisir -, l’inviter à une soirée - sauvage, elle y venait rarement, et s’en enfuyait, comme Cendrillon avant minuit, pour rentrer dans sa banlieue.

Après un apprivoisement long et patient, j’arrivai à lui faire faire connaissance de Maman. Toutes deux originaires du même pays s’y retrouvèrent, et purent ainsi sortir parfois de leur solitude, en commun. Quand Maman mourut, Natacha commença à m’appeler régulièrement, elle qui ne l’avait jamais fait. Elle fut d’ailleurs une des seules personnes à le faire en ce temps-là, et je compris que sa sensibilité comprenait la mienne, même si, jusqu’alors, elle ne l’avait jamais exprimée. Manifestant une présence discrète, elle sut ponctuer avec amitié cette période de deuil. Quand j’en sortis, nous reprîmes nos habitudes antérieures.

Bien plus tard, il m’est arrivé d’avoir d’autres périodes où ma capacité à aller vers les autres se trouvait réduite pour des causes bien réelles, et où j’aurais apprécié des gestes tels que ceux qu’elle avait faits. Mais elle n’en était plus capable.


à l’”aide-toi, le ciel t’aidera”, je préfère le “aide les autres, ils t’aideront aussi”. Parfois. Mais je n’ai pas renoncé.

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20 juin 2005

143.1

Classé dans : ...autres, Papa et Maman — In Zikh @ 9:01

J’ai toujours cru les déclarations qu’on me faisait. L’un des genres qui a rarement manqué de m’émouvoir est celui-ci : “j’ai tellement envie de faire ta connaissance”, “je te rappelle dès mon retour“, “on se voit très bientôt, n’est-ce pas ?”, malgré que la vie m’a prouvé que ce ne sont parfois que des formules vides de sens dont le poids ne se mesure pas au choix des mots ni au ton avec lequel ils sont proférés mais à ce qui ne peut se savoir au moment où elles sont dites : à ce qui s’en suivra ; curieusement, plus la déclaration est prégnante plus elle peut être creuse, comme un balon rempli d’air qui explose en plein vol ou disparaît dans le ciel de mes espoirs rapidement déçus. Quand c’est dans la bouche d’inconnus, la blessure passe vite.

J’ai toujours lu les sourires avenants avec plaisir à la vue de visages qu’ils illuminent ainsi, pour me rendre compte que parfois ils ne dissimulaient que fort mal des carnassiers, tel cet homme qui s’est ainsi débarassé d’un tiers de mes collègues par tous les moyens, le sourire à la bouche. Venant de personnes que je fréquente au quotidien parfois bien malgré moi, je devrais être sur mes gardes, et pourtant.

Si ce constat a souvent heurté ma trop grande sensibilité et déçu des espoirs somme toute chimériques, il n’a pas suscité méfiance ou paranoia ; il a encouragé, par contre, ma réserve, même si j’ai toujours une certaine difficulté à réaliser qu’un sourire peut être indifférent voire un artifice calculé, quand bien même je le sais intellectuellement.


Enfant, j’entends encore ma mère me dire qu’il ne fallait pas faire forcément confiance à des messieurs inconnus qui me parleraient en souriant dans la rue. Elle savait, elle, ce qui serait - ou était déjà - un de mes talons d’Achille.

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18 juin 2005

140.2

Classé dans : D***, Papa et Maman — In Zikh @ 14:11

Je vivais avec la crainte de la disparition de mes parents, outre le fait que je ne pouvais m’imaginer la tristesse que cela me causerait : je me représentais l’étouffement d’avoir à prendre éventuellement en charge l’autre, moi qui étais parti à des milliers de kilomètres pour me sentir libre, sans pour autant rompre les liens affectifs qui nous unissaient. La dépendance de Maman dans la relation fusionnelle qu’elle avait à l’égard de Papa, l’infrastructure discrète et essentielle de notre famille et qui l’aimait inconditionnellement, d’une façon qui a forgé ma vision de l’amour en couple, le sentiment d’infériorité/supériorité qui la mettait dans la nécessité de tout contrôler (d’où ma fuite aux antipodes), et enfin sa santé chancellante - tout cela me portait à m’imaginer (à souhaiter ?) qu’il lui survive, car je pensais qu’il saurait continuer son train de vie avec une relative indépendance, sans trop peser sur moi.

Mais ce fut lui qui mourut en premier. Je ne pouvais laisser Maman à son sort, et malgré l’angoisse qui m’a saisi alors, je la pris à mes côtés et m’occupai d’elle au quotidien. Les premières années furent particulièrement difficiles - le deuil d’une vie à deux se rajoutant à une nécessité accrue de contrôle. Mais au fil du temps et des événements, un nouvel équilibre se mit en place ; j’avais pris assez de recul pour pouvoir être proche sans être affecté, D*** était à mes côtés et Maman l’avait pris en affection (ce qui était réciproque, à mon grand soulagement), et l’atmosphère, de noir qu’elle était, commença à se teindre de couleurs plus légères et agréables. Même le désir de l’un et de l’autre de s’approprier ma présence ne s’est jamais manifesté sous forme de jalousie : l’amour filial d’une part, l’amour de son compagnon de l’autre n’entraient pas en compétition, ce n’était pas la même catégorie ; et finalement, peut-on jalouser le bonheur de ceux qu’on aime et dont on est aimé ?

Les dernières années de sa vie furent relativement heureuses et bien plus apaisées. Pour moi, elles furent l’occasion d’éliminer jusqu’au souvenir des tensions et des conflits parfois insoutenables du passé.


On est responsable de ceux qu’on aime : les parents de leurs enfants, l’adulte de son compagnon, de ses parents. Ce n’est qu’après avoir assumé les deux dernières que j’ai pu appréhender quelque peu ce que mes parents ont fait pour moi dans mon enfance, de leur mieux, et de ne plus voir que leurs erreurs ; c’est en apprenant que j’étais tout aussi faillible que j’ai enfin compris la mesure de leur dévouement.

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7 juin 2005

136.1

Classé dans : JP.JR, Papa et Maman — In Zikh @ 23:59

J’ai reçu aujourd’hui les remerciements de Jean-Philippe pour les marques de sympathie qu’il a reçues après le décès de sa mère, feuillet sobre où il cite l’un des plus beaux textes des Proverbes, celui qui loue la femme et la mère de famille qui aura répandu le bonheur autour d’elle. J’en ai été bouleversé : Papa le citait régulièrement du vivant de Maman, et j’en avais fait graver les deux premiers mots sur sa tombe quand elle le rejoignit enfin après quelques années de veuvage.

Ce ne fut pas une période facile : comment ne pas souffrir de l’absence de celui avec lequel elle avait vécu au quotidien côte à côte - comme si, à l’image d’Eve, elle avait été une de ses côtes ? comment ne pas se sentir irrémédiablement amputée, ne plus pouvoir regarder le monde qu’au travers d’un nuage gris, lourd, triste et assombri par la disparition de celui qui avait éclairé sa vie comme elle éclarait la sienne ?

Et pourtant, il me fallait l’aider à réorienter ce regard, pour que le souvenir de cette lumière éclaire les jours qui lui restaient à vivre, au lieu que son absence les assombrisse. Régulièrement, je lui parlais des moments de bonheur que nous avions connus, je lui montrais des photos d’instants du quotidien d’alors, pour la faire sourire et parfois rire à s’en remémorer, pour ne plus pleurer de leur manque présent. Au fil du temps, la mémoire a servi à nourrir et non plus à détruire, et ses dernières années s’en retrouvèrent apaisées.

Quant à moi, j’ai été hanté, après la disparition de l’un puis de l’autre, par l’unique souvenir de l’ultime vision de leur corps étendu, mort. Mais ce n’étaient plus vraiment eux que je contemplais et c’est en me rééduquant le regard, comme je l’ai fait pour Maman, que je les vois maintenant dans les années où je les ai connus, d’abord jeunes à mes côtés puis plus tard, dans tous les bons et moins bons moments de la vie qui fut la nôtre puis la leur. Ils sont ainsi vivants dans ma mémoire et dans mon coeur, et la désolation a laissé place au souvenir enrichissant.


Au fil de notre parcours sur terre nous ne pouvons éviter les disparitions des plus chers. Que ce soit, le plus souvent, dans l’ordre des choses, ou, plus rarement, dans un désordre qui n’en est que plus déchirant et tragique, c’est une douleur qui ne s’estompe pas rapidement. Si recours il y a, il n’est ni dans l’occultation impossible ni, à l’inverse, dans son entretien obsessionnel. Ce n’est pas de l’instant de la mort dont on doit se souvenir, mais de la durée de la vie. Ce qui a été une perte irremplaçable peut alors devenir source de vie et de force que l’on passera aux autres, comme il se doit.

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27 mai 2005

130.1

Classé dans : D***, E.R., Papa et Maman — In Zikh @ 12:48

J’ai empêché Maman de se jeter par la fenêtre, D*** de se poignarder, Évelyne de se tuer je ne sais plus comment. Pour D*** comme pour Évelyne, par la parole, par la conviction, mais aussi par l’écoute.


Qui est-ce qui me retient, dans ces moments où le fardeau de la vie semble trop lourd ? quand, à défaut d’une oreille amicale voire d’indifférence, je récolte un coup de pied qu’il est d’autant plus facile d’asséner caché à celui qu’on aperçoit dans un moment de faiblesse ? C’est, finalement, la conviction que D*** pourrait faire appel à moi de nouveau comme il l’a fait alors, et que je dois être là. C’est aussi que je suis curieux ; de ce qui est ici plutôt de ce qui est (ou n’est pas) là-bas.

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