Chercher

Calendrier

décembre 2017
L Ma Me J V S D
« mai    
 123
45678910
11121314151617
18192021222324
25262728293031

2 juillet 2005

148.2

Classé dans : D***, E.R., F.B., J&H.K., L.C., S.W. — In Zikh @ 23:49

L’écoute de Françoise est attentive et amicale. Elle fait partie de mon cercle le plus proche ; son attitude n’a pas changé quand, pour répondre à sa question sur la présence quasi permanente de D*** à mes côtés, je lui parlai du sentiment qui nous liait - lui que j’avais tant aimé (et que j’aime tellement encore aujourd’hui mais autrement). Ce fut aussi le cas pour mes si chers Jacob et sa femme Hélène ; c’est elle qui m’interrogea avec délicatesse, et, à ma réponse, posa sur moi un regard qui comprenait.

Sylvie est d’une rigueur suisse calviniste, mais sa morale personnelle, qu’elle ne manque d’appliquer à tout son entourage, qu’il soit personnel ou professionnel, ne me condamne pas ; bien au contraire, il me semble qu’elle se détermine sur ce qu’elle perçoit de ma façon d’être avec elle, avec les gens qui m’entourent ; finalement, elle est une affective qui se domine. Il lui arrive, rarement, de se lâcher : elle devient alors vraiment joyeuse et sensuelle. Ce n’est que récemment qu’elle m’a sorti une remarque que j’ai trouvée déplaisante : “j’ai pensé à vous, l’autre jour, à propos de la Gay Pride”, non pas par crainte (elle connaît mes sentiments pour D***), mais parce que je ne m’y reconnais pas, ce que j’ai alors dit. La connaissant, elle n’y reviendra pas. Elle me rappelle Liz, autrichienne protestante, militante pour l’égalité des droits des homos aux US, tout aussi rigoureuse et qui ne comprend toujours pas, à plus de 80 ans, que la forme du message n’est pas qu’un formalisme de bonnes manières, mais en influence, oh combien !, la réception. Elles, je les comprends sans doute mieux qu’elles ne me comprennent : pour survivre à leurs passés tragiques respectifs - guerre, exil, meurtres, suicides - elles ont dû se construire une cuirasse qui les tient, et sans laquelle elles s’effondreraient. Mon amitié leur est acquise : malgré cette carapace, malgré cette psychorigidité (qui tient parfois du grandiose et parfois du ridicule), leurs sentiments d’amitié généreuse percent. D’ailleurs, qui n’a pas de coquille ?

Quant à Évelyne, notre amitié n’y a pas résisté. Sa conception si manichéenne du monde me classa irrémédiablement dans une catégorie (où elle avait d’ailleurs des amis) où je ne me reconnaissais pas, et à laquelle elle me réduisait inmanquablement, avec ténacité, sans vouloir entendre ce que je tentais alors de lui expliquer, me rétorquant alors dans un verbiage pseudo-psychologique que je ne savais pas de quoi je parlais, mais elle, si : il fallait que mes goûts et mes comportements correspondent à l’image simple et bien définie qu’elle s’en faisait. Ce carcan permanent m’était devenu insupportable - mais j’était toujours là -, tandis qu’il devait la rassurer, comme tout stéréotype. Comme j’en ai parlé ailleurs, elle n’avait eu de cesse de faire appel à moi dans ses moments de détresse et de dépression d’où j’arrivais à la sortir ou lorsqu’elle avait besoin d’une aide technique ; les soirées joyeuses que nous avions passées ensemble n’existaient plus, il ne restait qu’une exigence permanente à mon égard qu’elle idéalisait et méprisait tout à la fois, tandis qu’elle restait enfermée dans un égoïsme infantile qui m’avait attendri, au début. Quant elle rompit, par dépit sans doute, elle m’écrivit que dorénavant elle trouverait facilement des gens qu’elle pourrait payer pour lui rendre ce genre de service. Quelques temps plus tard, quand elle voulut renouer, elle s’étonna quand je déclinai - gentiment.


L’exigence de perfection - à l’égard des autres plus souvent que de soi - est futile et destructive : à la chercher, on ne la trouve jamais ; à mesurer l’autre ou soi à cette aune, on faillit toujours. Mais il ne faut pas se résigner à la médiocrité : j’ai toujours admiré ceux qui tentaient, et ils m’ont appris à le faire.

La psychologie est une science, et à ce titre, quand on en possède la connaissance, on peut l’exercer avec art. Ce ne fut pas le cas d’Évelyne, comme ça ne l’est pas de bien d’individus qui noient le sens dans un verbiage obfuscatoire d’analyses pseudo-psychologiques ; pensant à tord révéler les profondeurs, ils ne peuvent voir l’évidence, aveuglés qu’ils sont par une méthode qu’ils utilisent mécaniquement, sans métier ni amitié, ni surtout sans en comprendre l’essence. Ce n’est même pas une imposture intellectuelle, c’est un effet de mode, dans laquelle je ne me reconnais pas non plus.

Il y a des critiques qui, faites avec empathie, aident à (se) construire, à mieux progresser, à affronter sans confronter ; elles sont à l’opposé de celles qui sont proférées pour mépriser, rabaisser, réduire ou dominer, même si (ou surtout quand) elles sont faites avec style et panache, émotion ou délicatesse, mais qui ne sont que de forme, pas de coeur. Timeo Danaos et dona ferentes.

• • •

14 mai 2005

115.2

Classé dans : J&H.K., Papa et Maman — In Zikh @ 18:54

Je viens de tomber par hasard - mais y a-t-il vraiment des hasards ? - sur quelques pages volantes que Papa avait tenu. Je savais ce qu’il y avait, sans les avoir lues ; c’est d’ailleurs pour cela que je n’avais pas voulu les lire.

Aujourd’hui je les parcourus. Il y parlait, au jour le jour, la dépression de Maman, dont il décrivait simplement les manifestations, sans évoquer ce qu’il ne pouvait manquer de ressentir, lui qui n’a vécu que pour elle, et cette simplicité me transperce le coeur : rien n’en mitige la tristesse absolue si ce n’est la splendeur de son amour pour elle.

Ces quelques pages concernent l’épisode qui en fut le plus dramatique, une journée plus terrible encore que toutes les autres (”les heures les plus noires de ma vie”, écrit-il sobrement) ; avant, la dépression s’était exprimée par la fatigue, par l’inquiétude, par des discours qui reflétaient l’angoisse qui envahissait son âme d’une obscurité dévorante. Mais ce jour-là les mots ne lui suffirent plus pour l’exprimer (Papa suppose que c’était mon départ imminent pour l’étranger, où j’allais étudier, qui y avait peut-être contribué - je ne me souvenais plus de la proximité de ces deux événements) : elle le menaça d’un couteau, tenta de se jeter par la fenêtre, déchira ses vêtements, renversa des meubles. Ne pouvant plus faire face à la fureur de cette douleur, il m’appela à l’aide (j’étais alors dans une autre ville), j’arrivai dans ce cataclysme que je n’aurais pu m’imaginer dans le pire de mes rêves. Je m’en souviens : j’arrivai à la ceinturer et à lui attacher les mains, ce que je fis en pleurant (c’est après que je n’ai plus pleuré) - comment ne pas le faire quand on voit l’une des deux personnes qu’on aime le plus au monde se déchirer ainsi de souffrance, quand on doit se servir de la force pour la protéger d’elle-même ? Papa n’en parle pas dans son journal, ce devait lui être trop difficile à écrire : il était réservé dans ses paroles (à l’inverse de Maman, qu’il complétait donc si bien) et s’exprimait par ses actes.

C’est alors que nous appelâmes Hélène, qui est psychiatre. Elle arriva immédiatement, injecta un calmant, et son mari Jacob nous aida, Papa et moi, à emmener Maman à l’hôpital.

Y a-t-il vraiment des hasards ? Il y a moins de 24 heures que j’ai revu Hélène et Jacob qui étaient de passage ici et qui repartent ce soir dans leur pays. Je viens d’appeler Hélène pour lui raconter cet épisode, et elle me répondit avec tendresse qu’elle en avait des frissons, à se souvenir d’alors, à apprendre la redécouverte de ces papiers coincidant avec notre rencontre. Je l’ai encore remerciée, pour ce qu’elle avait fait ce jour-là et pour son amitié alors comme aujourd’hui, et mon coeur pleure, de tristesse à ce souvenir, et de joie à cette amitié.

• • •

115.1

Classé dans : B.R., E.R., F.B., J&H.K., N.G. — In Zikh @ 15:02

Dans le paysage ravissant de mes amitiés, Hélène et Françoise, et, à moindre égard (pour autant que je puisse comparer) Betty et Nicole, sont des “pièces” essentielles. Ces femmes si différentes les unes des autres ont pourtant toutes en commun le fait de posséder, entre autres qualités, celles de l’intelligence du coeur et de l’empathie affectueuse, et de les dispenser avec tant de grâce et de discrétion que le bien-être qu’elles prodiguent ainsi semble émaner de l’air qui les entoure.

Je les ai connues en des lieux et des périodes variés de ma vie : Hélène par son mari qui partage cette amitié, Françoise lors d’un contact autrefois professionnel, Betty sur les bancs d’une classe de langues et Nicole par Françoise. Les sentiments d’amitié se sont développés au cours des années nous rapprochant graduellement, tels les fils ténus et irrisés d’une toile d’araignée s’étendant d’un endroit à l’autre, y joignant ceux ou celles qui fréquentent l’un de nous et qui partagent, au-delà d’affinités culturelles, une certaine façon d’être avec les autres : attentive, respectueuse, légère, profonde…

Elles ne sont pas entourées d’un nuage virevoltant d’”hommes célibataires”, ce qui était, par contre, le cas d’Évelyne. Nous crûmes partager des goûts dans bien des domaines, et notre amitié prit rapidement un côté quasi passionnel. Comment elle, qui avait tant d’amis homosexuels, ne pouvait comprendre que je l’étais jusqu’à ce que j’aie à le lui dire, et vivre jusqu’alors (mais aussi après, pendant un temps) dans le fantasme d’une relation que je n’étais pas en mesure de lui offrir ?

J’ai finalement compris que cette femme était restée une enfant, qui, au-delà de côtés pétillants qui ne manquaient pas de charme, était au fond toute tournée sur elle-même et incapable de voir et de comprendre les adultes et leurs relations ; égoïste, ingrate, rancunière et insécure, elle s’entourait d’hommes dont la fonction était soit celle d’une copine complice mais sans la rivalité féminine, soit celle d’un père rassurant qui pouvait l’aider et la soutenir dans ses crises, petites ou grandes, ce que j’ai fait sans compter pendant si longtemps. Ses deux mariages furent des échecs, notre amitié n’y résista pas.


L’amitié et le sacré ont cela de commun qu’ils sont des états de grâce.

• • •

13 mai 2005

114.1

Classé dans : D.W., J&H.K. — In Zikh @ 0:27

J’ai revu ce soir Jacob et sa femme, qui étaient de passage en France avec Drora et son mari, que je connais de la même époque révolue ; mais c’est avec Jacob que j’avais travaillé au quotidien et avec lequel s’étaient créés, puis développés, des liens tacites et profonds malgré nos caractères si différents, et qui, de façon magique et merveilleuse, se sont étendus à sa femme.

Quant bien même la distance qui nous sépare ne permet pas de nous retrouver souvent, le temps n’y fait rien, ou plutôt il contribue à bonifier ce qui aurait pu se déliter dans l’urgence d’un perpétuel présent : nous en sommes tellement émus que nous le cachons tous avec pudeur sous une légèreté d’une telle intensité que l’air en semble comme irrisé.

C’est dans ces moments si rares que les inutiles défenses s’effacent, que le coeur s’épand à sa juste dimension, qu’un regard émeut à en pleurer de bonheur, qu’une parole touche doucement comme l’arôme évanescent du souvenir toujours renouvelé. Le repas, excellent, avait comme un air familier, celui du bouleversant festin de Babette : mais il n’avait pas eu lieu dans le lointain Danemark du passé, c’était ici et maintenant, et j’étais heureux…


… d’avoir de tels amis.

• • •

29 avril 2005

106.2

Classé dans : J&H.K., O.Z. — In Zikh @ 20:04

Derrière son rire qui me fait fondre, derrière ce sourire aussi clair que son regard, derrière cette poignée franche et cordiale, l’allure droite et énergique, je commence à percevoir un être têtu : il revient à des étapes passées à peine la veille, il n’accepte pas que les choix puissent être faits par ceux qui en sont responsables non pas par un fait d’autorité, mais par le savoir théorique et l’expérience pratique dont ils ont fait preuve. Ce dont il est convaincu est pour lui une évidence qui ne mérite pas d’explication ou de justification, tandis qu’il n’entend pas les arguments qu’on lui présente. Il remet toujours tout en cause ; sans bouger, inamovible même, comme si rien n’avait été dit ou fait. Il demande encore et toujours que l’on réfléchisse, tandis que lui ne le fait pas. Comme s’il savait tout, n’avait rien à apprendre ni à accepter. Il n’acceptera pas face à l’inéluctable, il cherchera à monter les uns contre les autres. Si, finalement, on lui imposera une ligne de conduite, il fera tout pour échouer. Et son rire ne me donne plus aucune envie.


Derrière l’entêtement, j’ai trop souvent perçu de la bêtise. Et je ne la supporte pas : les êtres ainsi bornés me font me refermer comme une huitre, retirer ma confiance, me résoudre à ne plus tenter d’expliquer ce qui n’ira que dans l’oreille d’un sourd.

Il n’y a que Jacob, avec lequel j’avais travaillé il y a bien longtemps, qui était entêté, mais qui savait se rendre à la raison, quand aucun argument ne fonctionnait plus. Sans rancune, sans aigreur. Nous sommes devenus amis. Lui, sa femme et maintenant ses enfants, sont parmi les plus proches que j’ai.

• • •
Powered by: WordPress • Template by: Wench • Syndication: RSS