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18 octobre 2005

189.3

Classé dans : ...autres, Madame D***, Papa et Maman — In Zikh @ 22:47

C’est lorsque maman eut besoin d’une assistance quotidienne à domicile que Zoubida commença à travailler chez elle. Cette femme, la quarantaine florissante, était une aide parfaite : aimable, patiente et attentionnée et particulièrement lors des périodes de maladie. C’était un soulagement pour moi : même si j’étais toujours sur le qui-vive, je savais que je n’étais plus toujours tout seul à l’être, pendant ces quelques heures que Zoubida passait auprès d’elle. Au fil du temps, nous apprîmes qu’elle avait des problèmes de tous ordres : familiaux (avec un fils adulte qui devait se droguer), financiers… Maman, qui avait le coeur sur la main et surtout une vocation salvatrice ancrée dans un profond sentiment de culpabilité dostoïevskien (et pour cause), ne demandait qu’à l’aider ; nous le fîmes dans la mesure de nos moyens, même si j’étais plus réservé, ne connaissant pas vraiment Zoubida et connaîssant trop bien maman.

C’est en m’occupant de ses comptes que je remarquai que sa facture de téléphone avait augmenté de façon significative. Je savais que maman appelait nos proches ici et à l’étranger, le téléphone devenant, avec les infirmités, un lien social de plus en plus vital ; mais les sommes étaient trop élevées. Dans le relevé détaillé que je reçus, je trouvai à ma stupéfaction que l’essentiel des appels avait été passé vers le pays d’origine de Zoubida. Malgré l’évidence, celle-ci nia avoir appelé. Après que je l’eus mis en demeure de cesser faute de quoi je défalquerai ces sommes de son salaire, la facture revint à la normale.

Quelque temps plus tard, je n’arrivai plus à retrouver certains habits de maman, lorsque je les cherchai pour l’encourager à en changer. Maman ne savait pas ce qu’il en était advenu, et je ne me doutais encore de rien : c’était une disparition inexpliquée, je me demandai si maman ne les avait pas donnés à son aide (à laquelle elle ne refusait rien), et l’avait oublié ou n’osait me le dire. Mais ce fut à la veille d’un dîner festif auquel j’avais invité maman, que les choses commencèrent à se dessiner : maman voulait mettre, pour l’occasion, les quelques bijoux qu’elle tenait de Madame D***, chez laquelle elle grandi après son arrivée en France, et qu’elle avait portés rarement mais avec fierté : sa beauté en était comme illuminée par cette très belle broche en or ancienne que je n’avais cessé d’admirer depuis mon enfance sans concevoir qu’elle avait une autre valeur qu’esthétique et affective, par la bague (de platine, me semble-t-il; avec une petite pierre bleue) ou par le collier de perles. Elle n’arriva à les trouver. Nous mîmes le petit appartement sans-dessous-dessus, mais en vain. J’étais déchiré entre le soupçon croissant et la crainte de perdre une aide efficace.

Ce qui déclencha la crise, ce fut finalement le jour où maman me dit qu’elle ne retrouvait plus son alliance de mariage ni celle de papa, qu’elle avait enlevées un soir. Je n’avais aucune preuve, alors comme avant, mais je n’avais plus de doute : je ne cherchai plus qu’à me débarrasser de cette femme malhonnête et exploitatrice, dont la politesse n’était en réalité que le l’obséquiosité, l’attention un atout pour dénicher ce qu’elle pouvait subtiliser, et la patience l’attitude nécessaire pour attendre le bon moment pour le faire. Même là nous ne pûmes le faire qu’en lui payant de belles indemnités…

Au-delà de la perte matérielle, ce dont souffrait maman c’était de ne plus avoir ce dernier objet qui lui rappelait papa, l’alliance qu’il lui avait donnée à leur mariage, à laquelle s’était rajoutée celle de papa à son décès. à sa demande, je lui en achetai une autre, et, bien heureusement, elle oublia, au bout d’un temps, que celle-ci n’était qu’un substitut.


L’alliance, de symbole, était devenu un substitut à la présence de papa à ses côtés. Les bijoux, maintenant disparus, lui rappelaient sa jeunesse. Leur vol a été, pour moi, une blessure profonde, au constat de la souffrance mélancolique qu’il a causé à maman. Même après toutes les années qui ont suivi la disparition de maman, je ne peux me défaire de la colère encore violente que je ressens à l’encontre de la personne qui l’a causée et qui a abusé de notre confiance et de l’état de faiblesse de maman.

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