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9 octobre 2005

189.2

Classé dans : D***, G.C., JP.JR — In Zikh @ 18:44

Jean-Philippe était un collègue, puis ami, de D***, et c’est ainsi que je l’ai connu aux soirées qu’organisait ce dernier, puis aux miennes. Intelligent, le coeur du bon côté (c’est-à-dire du mien…), il a un côté BCBG qui lui donne un air gauche même quand il semble se lâcher, et son humour est sérieux et appliqué, celui d’un (très) bon élève.

C’est à lui que j’ai proposé de m’accompagner lors d’un voyage de comité d’entreprise auquel je m’étais inscrit avec D***, quand j’ai appris qu’il devait annuler. Au cours de ces trois jours, il est resté égal à lui-même, sans laisser paraître un quelconque recoin personnel ; je ne l’ai d’ailleurs jamais vu accompagné, depuis les années où je le vois.

à la soirée d’hier chez D***, un convive (que je ne connaissais pas) discutait avec Nicole. Me joignant à eux, je l’entends faire une déclaration sans équivoque, qui tenait de l’absolu : “Jean-Philippe est mon ami. C’est un homme bien, que j’admire. Il a une belle âme.” à Nicole, quelque peu surprise qui l’interroge avec tact, il répond qu’il a quelques autres bons amis. Il me dit que quand il retrouve des amis d’enfance, il sent qu’il n’y a aucune barrière, même après tant d’années, et qu’ils peuvent tout se dire, sans crainte ni fausse pudeur. Puis il parle de l’amie de sa fille, toutes deux s’étant connues au berceau, les parents étant eux-mêmes amis. Nicole dit alors, étonnée, qu’elle ne supposait pas qu’il pouvait y avoir de telles amitiés entre les hommes (sous-entendu : qui ne soient pas homosexuels, et d’une intensité comparable à celles qui peuvent exister entre deux femmes).

Je ne suis pas étonné ; je connais Guy depuis l’âge de 5 ans (il en a deux de moins et il se rappelle de notre première rencontre), et malgré la distance qui nous sépare maintenant nous sommes en contact presque hebdomadaire ; j’ai connu Jacob dans un cadre professionnel, et l’amitié qui me lie à lui et à Hélène ne varie pas avec le temps. Je constate avec reconnaissance que le comportement de D*** est bien plus généreux que je ne l’ai longtemps cru.


Je me demande parfois si, à certains égards, je ne suis pas en situation d’attente, une trop grande attente, de la part de mes amis, dans les moments de solitude ou de désarroi qu’ils ne peuvent d’ailleurs que rarement deviner. Je sais écouter et donner sans compter (sans pour autant soutirer la confidence ni noyer l’autre sous ma sollicitude), mais je ne sais pas, je ne peux pas, faire appel à eux. Est-ce par crainte de rejet ? Ou alors, parce que je ne veux me montrer dans ces moments de faiblesse (par orgueil mal placé) ou parce que je crois qu’ils ne seront pas capables de comprendre ?

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7 juin 2005

136.1

Classé dans : JP.JR, Papa et Maman — In Zikh @ 23:59

J’ai reçu aujourd’hui les remerciements de Jean-Philippe pour les marques de sympathie qu’il a reçues après le décès de sa mère, feuillet sobre où il cite l’un des plus beaux textes des Proverbes, celui qui loue la femme et la mère de famille qui aura répandu le bonheur autour d’elle. J’en ai été bouleversé : Papa le citait régulièrement du vivant de Maman, et j’en avais fait graver les deux premiers mots sur sa tombe quand elle le rejoignit enfin après quelques années de veuvage.

Ce ne fut pas une période facile : comment ne pas souffrir de l’absence de celui avec lequel elle avait vécu au quotidien côte à côte - comme si, à l’image d’Eve, elle avait été une de ses côtes ? comment ne pas se sentir irrémédiablement amputée, ne plus pouvoir regarder le monde qu’au travers d’un nuage gris, lourd, triste et assombri par la disparition de celui qui avait éclairé sa vie comme elle éclarait la sienne ?

Et pourtant, il me fallait l’aider à réorienter ce regard, pour que le souvenir de cette lumière éclaire les jours qui lui restaient à vivre, au lieu que son absence les assombrisse. Régulièrement, je lui parlais des moments de bonheur que nous avions connus, je lui montrais des photos d’instants du quotidien d’alors, pour la faire sourire et parfois rire à s’en remémorer, pour ne plus pleurer de leur manque présent. Au fil du temps, la mémoire a servi à nourrir et non plus à détruire, et ses dernières années s’en retrouvèrent apaisées.

Quant à moi, j’ai été hanté, après la disparition de l’un puis de l’autre, par l’unique souvenir de l’ultime vision de leur corps étendu, mort. Mais ce n’étaient plus vraiment eux que je contemplais et c’est en me rééduquant le regard, comme je l’ai fait pour Maman, que je les vois maintenant dans les années où je les ai connus, d’abord jeunes à mes côtés puis plus tard, dans tous les bons et moins bons moments de la vie qui fut la nôtre puis la leur. Ils sont ainsi vivants dans ma mémoire et dans mon coeur, et la désolation a laissé place au souvenir enrichissant.


Au fil de notre parcours sur terre nous ne pouvons éviter les disparitions des plus chers. Que ce soit, le plus souvent, dans l’ordre des choses, ou, plus rarement, dans un désordre qui n’en est que plus déchirant et tragique, c’est une douleur qui ne s’estompe pas rapidement. Si recours il y a, il n’est ni dans l’occultation impossible ni, à l’inverse, dans son entretien obsessionnel. Ce n’est pas de l’instant de la mort dont on doit se souvenir, mais de la durée de la vie. Ce qui a été une perte irremplaçable peut alors devenir source de vie et de force que l’on passera aux autres, comme il se doit.

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