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7 septembre 2005

178.1

Classé dans : ...autres, L.C. — In Zikh @ 22:37

À l’école d’été où mes parents m’avaient envoyé, enfant, en Angleterre, je revois mon lit, dans une petite chambre où dormait aussi un des éducateurs. Une nuit, je me suis réveillé dans une étrange position. Quelque temps plus tard, mes parents sont venus me rendre visite, alertés, m’ont-ils dit bien plus tard, par ce que je racontais, naïvement, dans mes lettres : les caresses et les baisers dont j’étais l’objet de la part d’un des responsables pédagogiques. Je n’ai aucun autre souvenir de ce séjour.

J’étais un jeune adulte très inexpérimenté sur les choses de la vie quand je rencontrai Sol, avec lequel Liz m’avait mis en contact par amitié. C’était un homme dans la force de l’âge, pédopsychologue et éducateur renommé autant dans son cercle professionnel que dans le grand public, et auteur de nombreux livres de vulgarisation écrits pour certains avec sa femme prônant - entre autre - la responsabilité pour l’autre et l’aide aux (jeunes) égarés de la vie. Il n’eut pas de mal à me faire entrer dans son lit sans que je comprenne comment il s’y était pris.

Des années plus tard, je croisai Jean-Charles, enseignant, lui aussi. Je ne l’intéressai pas, il ne l’était que par des très jeunes, sous couvert d’un discours moralement élevé et socialement engagé. Je reconnus alors ce que je n’avais pu distinguer quand j’étais tombé dans les griffes de Sol : la manipulation, brillante et efficace, de jeunes personnes naïves et sans expérience, admiratives de sa prestance, de son statut et de son côté rassurant ; la hantise de vieillir qu’il combattait en se nourissant de ces proies. Quand il vit dans mes yeux le regard qui indiquait que je n’étais pas dupe, il mit toute son intelligence à tenter de me détruire.


J’aurais pu être dégoûté des adultes, et me retourner plus tard (à l’image de ce que j’avais subi) vers des jeunes ; j’ai eu la chance de ne pas le faire. J’aurais pu être dégoûté des éducateurs de tous ordres, mais j’ai eu le bonheur d’en rencontrer de grands auxquels je dois certaines de mes passions. Je n’ai qu’un regret, c’est que ces êtres qui auraient pu gâcher ma vie aient eu l’occasion de continuer à le faire avec d’autres.

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2 juillet 2005

148.2

Classé dans : D***, E.R., F.B., J&H.K., L.C., S.W. — In Zikh @ 23:49

L’écoute de Françoise est attentive et amicale. Elle fait partie de mon cercle le plus proche ; son attitude n’a pas changé quand, pour répondre à sa question sur la présence quasi permanente de D*** à mes côtés, je lui parlai du sentiment qui nous liait - lui que j’avais tant aimé (et que j’aime tellement encore aujourd’hui mais autrement). Ce fut aussi le cas pour mes si chers Jacob et sa femme Hélène ; c’est elle qui m’interrogea avec délicatesse, et, à ma réponse, posa sur moi un regard qui comprenait.

Sylvie est d’une rigueur suisse calviniste, mais sa morale personnelle, qu’elle ne manque d’appliquer à tout son entourage, qu’il soit personnel ou professionnel, ne me condamne pas ; bien au contraire, il me semble qu’elle se détermine sur ce qu’elle perçoit de ma façon d’être avec elle, avec les gens qui m’entourent ; finalement, elle est une affective qui se domine. Il lui arrive, rarement, de se lâcher : elle devient alors vraiment joyeuse et sensuelle. Ce n’est que récemment qu’elle m’a sorti une remarque que j’ai trouvée déplaisante : “j’ai pensé à vous, l’autre jour, à propos de la Gay Pride”, non pas par crainte (elle connaît mes sentiments pour D***), mais parce que je ne m’y reconnais pas, ce que j’ai alors dit. La connaissant, elle n’y reviendra pas. Elle me rappelle Liz, autrichienne protestante, militante pour l’égalité des droits des homos aux US, tout aussi rigoureuse et qui ne comprend toujours pas, à plus de 80 ans, que la forme du message n’est pas qu’un formalisme de bonnes manières, mais en influence, oh combien !, la réception. Elles, je les comprends sans doute mieux qu’elles ne me comprennent : pour survivre à leurs passés tragiques respectifs - guerre, exil, meurtres, suicides - elles ont dû se construire une cuirasse qui les tient, et sans laquelle elles s’effondreraient. Mon amitié leur est acquise : malgré cette carapace, malgré cette psychorigidité (qui tient parfois du grandiose et parfois du ridicule), leurs sentiments d’amitié généreuse percent. D’ailleurs, qui n’a pas de coquille ?

Quant à Évelyne, notre amitié n’y a pas résisté. Sa conception si manichéenne du monde me classa irrémédiablement dans une catégorie (où elle avait d’ailleurs des amis) où je ne me reconnaissais pas, et à laquelle elle me réduisait inmanquablement, avec ténacité, sans vouloir entendre ce que je tentais alors de lui expliquer, me rétorquant alors dans un verbiage pseudo-psychologique que je ne savais pas de quoi je parlais, mais elle, si : il fallait que mes goûts et mes comportements correspondent à l’image simple et bien définie qu’elle s’en faisait. Ce carcan permanent m’était devenu insupportable - mais j’était toujours là -, tandis qu’il devait la rassurer, comme tout stéréotype. Comme j’en ai parlé ailleurs, elle n’avait eu de cesse de faire appel à moi dans ses moments de détresse et de dépression d’où j’arrivais à la sortir ou lorsqu’elle avait besoin d’une aide technique ; les soirées joyeuses que nous avions passées ensemble n’existaient plus, il ne restait qu’une exigence permanente à mon égard qu’elle idéalisait et méprisait tout à la fois, tandis qu’elle restait enfermée dans un égoïsme infantile qui m’avait attendri, au début. Quant elle rompit, par dépit sans doute, elle m’écrivit que dorénavant elle trouverait facilement des gens qu’elle pourrait payer pour lui rendre ce genre de service. Quelques temps plus tard, quand elle voulut renouer, elle s’étonna quand je déclinai - gentiment.


L’exigence de perfection - à l’égard des autres plus souvent que de soi - est futile et destructive : à la chercher, on ne la trouve jamais ; à mesurer l’autre ou soi à cette aune, on faillit toujours. Mais il ne faut pas se résigner à la médiocrité : j’ai toujours admiré ceux qui tentaient, et ils m’ont appris à le faire.

La psychologie est une science, et à ce titre, quand on en possède la connaissance, on peut l’exercer avec art. Ce ne fut pas le cas d’Évelyne, comme ça ne l’est pas de bien d’individus qui noient le sens dans un verbiage obfuscatoire d’analyses pseudo-psychologiques ; pensant à tord révéler les profondeurs, ils ne peuvent voir l’évidence, aveuglés qu’ils sont par une méthode qu’ils utilisent mécaniquement, sans métier ni amitié, ni surtout sans en comprendre l’essence. Ce n’est même pas une imposture intellectuelle, c’est un effet de mode, dans laquelle je ne me reconnais pas non plus.

Il y a des critiques qui, faites avec empathie, aident à (se) construire, à mieux progresser, à affronter sans confronter ; elles sont à l’opposé de celles qui sont proférées pour mépriser, rabaisser, réduire ou dominer, même si (ou surtout quand) elles sont faites avec style et panache, émotion ou délicatesse, mais qui ne sont que de forme, pas de coeur. Timeo Danaos et dona ferentes.

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4 mai 2005

113.2

Classé dans : ...autres, L.C. — In Zikh @ 6:43

Galt habitait à quelques milliers de kilomètres de moi quand nous fîmes connaissance. Dès l’instant où nous nous vîmes, le sentiment d’intimité qui s’était développé au cours de nos échanges disparut, comme un soufflé qui retombe irrémédiablement. Je ne me souviens plus que de la façon dont il jouait au piano A Bridge Over Troubled Waters, qui n’était pas sans me troubler.

C’est ainsi que je fis connaissance d’Elizabeth, grande dame qui avait accueilli Galt après que ses parents s’en soient éloignés du fait de son homosexualité. à près de 80 ans, elle garde encore son accent autrichien, bien qu’elle ait quitté son pays d’origine à l’âge de 18 ans pour les faits qu’on sait. Mais bien plus, elle en a l’esprit, d’une sorte de rectitude manichéenne qui n’admet pas de compromis, même si elle a acquis aussi le pragmatisme de son pays d’accueil. Mélange étrange, que sa culture si viennoise, d’une Vienne qu’elle n’avait sans doute même pas connu, mâtine et attendrit.

Malgré la distance, nous sympathisames. D’abord à propos de Galt, mais il disparut bien vite de nos échanges. Avec le temps, je lui parlais de F***, je commençais à me confier, moi qui ne l’avais jamais fait (depuis, il y a G***). Elle m’interrogeait à son sujet, à notre sujet, et à l’entendre il me semblait la voir les pieds posés carrément au sol. Elle me conseillait (après tout, c’était son métier) de penser à moi dans cette relation, et ne pouvait vraiment saisir que, malgré les difficultés et la frustration, j’étais profondément heureux.


C’est rarement là où j’en cherchais que j’ai trouvé des amis. C’est rarement quand j’en voulais qu’ils se sont présentés. C’est encore plus rarement qu’ils correspondaient au rêve que j’en avais : mes jours sont tellement plus beaux que mes nuits.

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