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20 août 2005

157.1

Classé dans : ...autres, J.V. — In Zikh @ 8:42

Je suis émerveillé quand je pense à la qualité de mes plus proches amis ; une douce chaleur m’envahit alors, un sentiment profond de tendresse me fait monter les larmes aux yeux : comment nous sommes-nous reconnus, qu’est-ce que j’ai fait pour les mériter, quel est le secret d’un tel miracle ?

S’il n’y a probablement pas de réponse à aucune de ces questions (et après tout, tant mieux : à trop questionner un miracle on n’arrive plus à le vivre, à trop se concentrer sur les rouages du moteur on ne voit plus la route), il y a un facteur étrange qui me semble y avoir contribué : l’intuition. Je m’aperçois, en réfléchissant aux rencontres personnelles ou professionnelles qui ont compté et dont je garde un souvenir clair, qu’elles se soient développées en amitié ou inimitié, qu’il y avait eu, dès le départ, des petites voix (comme celles d’un autre moi-même très, trop, discret) que trop souvent je n’ai pas écoutées qui semblaient m’en dire le devenir, et qui ne se sont jamais trompées. Je n’invente pas ici un passé inexistant et ce n’est pas un fantasme de mon imagination : je me souviens de ce que j’ai ressenti à la première rencontre avec D***, il y a si longtemps, jour qui a changé le cours de ma vie ; j’ai parlé ici des petites voix qui m’ont prévenu quand j’ai croisé Jean.

C’est lorsque cette intuition semblait me mettre sur mes gardes qu’il m’est arrivé de ne pas l’écouter, pensant que c’étaient mes préjugés qui remontaient à la surface : ça aura été le cas pour Stéphan, dont j’avais assisté à l’entretien d’embauche, et qui, objectivement, avait tous les atouts pour réussir. Je me souviens du sentiment - fort - de dégoût inexpliqué que j’avais ressenti puis refoulé consciemment. Un an plus tard, il partait, chassé, par le mépris de tous à son attitude veule et perverse à l’égard de personnes dignes de respect. C’est le cas pour Didier, que j’ai pris pour un stage malgré le sentiment de gène étrange que j’avais perçu lors de notre première rencontre ; ce stage a échoué, et ce n’est pas ce sentiment qui aurait conditionné une quelconque attitude de ma part ayant contribué à cet échec : son superviseur a confirmé point par point mon impression maintenant claire sur son inadéquation.

Quant à Jean-Charles, la lecture de ses écrits, qui ne manquaient pas de m’intéresser pour les sujets qu’il y abordait, me procurait une impression qui m’a fait plus me méfier de moi-même que de lui : après tout, son métier si honorable qu’il ne manquait pas de louer, ses origines qui avaient rendu son parcours d’autant plus digne d’admiration, le combat qu’il disait mener contre les rejets malheureusement si naturels dans la société des hommes, tout ceci ne pouvait pas ne pas attirer l’admiration. Et pourtant. Je croyais y voir aussi un orgueil démesuré, un pervers à l’affut de la chair (très) fraiche, un manipulateur sans scrupules disposé à utiliser tous les moyens pour arriver à ses fins, aussi louables auraient-elles pu paraître, tels ceux qui peuvent transformer toute grande cause en un charnier. Et je ne voulais pas le croire. Je me suis aperçu que j’avais eu raison.


Comment écouter son intuition sans pour autant donner dans des comportements irrationnels ? Ou peut-être raison et conscience ne suffisent-elles pas à mener notre vie…

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13 août 2005

153.2

Classé dans : ...autres, E.R., J.V. — In Zikh @ 10:16

Je n’ai que très rarement été l’instigateur d’une rupture d’une relation amicale ou amoureuse ; même lors de la longue amitié orageuse que j’avais eue avec Évelyne et au cours de laquelle j’avais dû établir des pauses, j’étais toujours revenu, et ce n’est que lorsqu’elle m’expédia une lettre y mettant fin d’une façon si vicieuse que nous cessâmes définitivement de nous voir, comme je l’ai raconté plus tôt.

Jean a été le premier homme que j’ai fréquenté. Avec passion, aveuglément. J’aimais l’état amoureux, mais l’ai-je aimé, lui, ou plutôt une image que je me faisais de l’être aimé idéal et que je calquais sur lui, non pas par rouerie ou perversité, mais surtout avec inexpérience et naïveté ? Quand finalement mes yeux s’ouvrirent, je m’aperçus que nous n’avions quasiment rien en commun. Je tentai de mettre fin à cet imbroglio avec le moins de dégâts possibles, mais le mal était fait : il ne pouvait pas ne pas en souffrir, et je le regrettai.

Quant à Colin, ce fut un choc. Nous avions commencé à nous fréquenter avec plaisir, et nous parlions aussi souvent au téléphone. Ce fut au détour d’une conversation qu’il s’exprima soudain à l’égard des “étrangers qui polluaient son quartier” d’une façon qui n’était pas sans me rappeler celle d’individus et de groupements dont le rejet de l’autre me révulse et qui a tant nui à mes plus proches. Je mis fin à la conversation et à notre relation : je ne pouvais continuer à fréquenter une personne qui avait de telles opinions, quelles qu’en soient les raisons profondes ; et d’ailleurs, tôt ou tard, il aurait sans doute retourné cette attitude à mon encontre.

Ai-je subi de réelles ruptures, de celles qui mettent un terme à une relation fondamentale ou en passe de le devenir - et qui sont bien au-delà des fins d’ébauches de rencontre où ce qui se froisse est surtout l’orgueil plutôt que les sentiments profonds ? Il y a eu le retour de Martin dans son Canada natal à la fin de son séjour et alors que nous nous découvrions de plus en plus de points communs ; il y a eu la disparition inexpliquée de Christian à son retour d’un bref voyage, alors que nous prévoyions avec joie de nous revoir. Mais surtout, il y a eu D***.


Les fils ténus ou forts qui me relient à ceux qui, d’une façon ou d’une autre, directement ou non, ont compté dans ma vie laissent leur marque, même lorsque ce fut moi qui les ai déliés - si rarement d’ailleurs -, et je ne peux m’empêcher de penser à eux, sans pour autant qu’ils entravent mon avancée. Ces fils parcourent d’ailleurs le temps : proches maintenant disparus et dont je me sens toujours proche, les proches de ces proches que je n’ai pas connus mais qui me semblent étrangement familiers. Je ne peux manquer d’évoquer les dernières lignes de la bouleversante nouvelle Les Morts de James Joyce, dont John Huston a fait un film tout aussi bouleversant : “Oui, les journaux avaient raison, la neige était générale sur toute l’Irlande. Elle tombait sur chaque partie de la sombre plaine centrale, sur les collines sans arbres, tombait doucement sur le marais d’Allen et, plus loin vers l’ouest, doucement tombait sur les sombres vagues rebelles du Shannon. Elle tombait, aussi, en chaque point du cimetière solitaire perché sur la colline où Michael Furey était enterré. Elle s’amoncelait drue sur les croix et les pierres tombales tout de travers, sur les fers de lance du petit portail, sur les épines dépouillées. Son âme se pâmait lentement tandis qu’il entendait la neige tomber, évanescente, à travers tout l’univers, et, telle la descente de leur fin dernière, évanescente, tomber sur tous les vivants et les morts.”

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4 juin 2005

133.1

Classé dans : D***, J.V. — In Zikh @ 15:37

Quand je fis connaissance avec Jean, il me dit qu’il se méfiait : je portais le prénom et étais du signe astrologique d’un de ses amants précédents avec lequel cela s’était mal passé. J’aurais dû prendre le large, mais je n’ai pas écouté cette petite voix qui m’avait tout de suite mis en garde : c’était quelqu’un qui ne prendrait pas le temps de faire connaissance, et qui pensait me cerner ainsi rapidement. Mais je n’avais jamais aimé, je n’avais pas eu “des amants précédents”, j’étais amoureux, et j’étais aveuglé par l’illusion d’être aimé, par l’illusion d’aimer. Ni l’un ni l’autre ne voyait réellement celui qui était en face de lui, nos yeux n’étaient qu’un miroir dans lequel chacun se contemplait, éperdûment amoureux du sentiment amoureux. Et l’autre, existait-il seulement ou n’était-il qu’un prétexte à ce semblant ? Ce n’est que graduellement que j’ai constaté que j’avais devant moi un parfait inconnu malgré l’intimité croissante de nos corps. C’est alors que tout s’est arrêté.


Je me suis longtemps contemplé dans les miroirs, en me demandant ce que voyaient les autres quand ils me regardaient. J’ai profondément scruté les yeux des autres, pour tenter de comprendre qui j’étais, à leurs yeux. Je m’en étais toujours voulu de m’être leurré (par immaturité ? par égocentisme ?) depuis cette première fois et après, sur des sentiments que je croyais sincèrement porter, et en étais arrivé à croire, désespéré, que tout n’était qu’apparences.

Ce n’est que quand j’ai appris - lentement, douloureusement, passionnément - à aimer D*** pour ce qu’il était réellement que j’ai aussi appris à découvrir - lentement, douloureusement, respectueusement, passionnément - les recoins de son âme et que j’ai commencé à apercevoir ceux de la mienne, bien au-delà des rêves et des illusions. Ce n’est d’ailleurs qu’ainsi que je pense m’être réellement dévoilé et révélé à lui comme à moi. C’est alors que j’ai pu enfin voir et comprendre qui étaient mes amis, et savoir enfin être le leur.

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21 mai 2005

123.2

Classé dans : J.V. — In Zikh @ 7:45

J’avais fait la connaissance de Jean quelques semaines avant mon départ de France. J’étais aux anges, j’avais enfin rencontré quelqu’un, moi qui en rêvais éperdument, après ces croisements vides et sans lendemains qui me dégoûtaient de moi-même et me donnaient le sentiment croissant de l’impossibilité de la relation que j’espérais de par ailleurs.

Nous commençâmes à nous voir le plus souvent possible, à dévorer le peu de temps qui restait avant mon départ ; chez lui, chez moi, en ballade, tout était prétexte à partager ensemble ces moments. Ma tendresse naturelle, exacerbée par le manque, trouvait enfin un exutoire. Adulte, je vivais enfin mon adolescence.

Et comme un adolescent, j’étais aveuglé par le sentiment amoureux. Dès les tous premiers instants, j’avais été conscient d’une petite voix intérieure qui me disais discrètement, posément, qu’il n’était pas celui que j’attendais ; que ce n’était pas l’ami que je présenterai à mes amis ; qu’au-delà des élans qui nous portaient irrésistiblement l’un vers l’autre, nous n’avions presque rien en commun ; que ce que j’aimais, c’était le sentiment amoureux, et non pas l’objet de ce sentiment. Je ne pouvais l’entendre, je ne voulais l’entendre. Ce n’est que quand j’ai rencontré D*** que je l’ai enfin compris.

J’ai certainement blessé Jean : mon immaturité me leurait sur mes sentiments, tandis que les siens étaient simples, il pouvait s’attacher facilement ; pour moi, ce fut un long chemin, après lui.


Avec le temps, j’ai constaté que mon intuition, si elle ne peut prédire les possibles, voit souvent les impossibles ou du moins perçoit des écueils encore invisibles. Sans prendre pour argent comptant tout ce qu’elle me suggère, j’y prête plus attention, maintenant. Quitte, parfois, à en faire fi.

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