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29 avril 2005

106.2

Classé dans : J&H.K., O.Z. — In Zikh @ 20:04

Derrière son rire qui me fait fondre, derrière ce sourire aussi clair que son regard, derrière cette poignée franche et cordiale, l’allure droite et énergique, je commence à percevoir un être têtu : il revient à des étapes passées à peine la veille, il n’accepte pas que les choix puissent être faits par ceux qui en sont responsables non pas par un fait d’autorité, mais par le savoir théorique et l’expérience pratique dont ils ont fait preuve. Ce dont il est convaincu est pour lui une évidence qui ne mérite pas d’explication ou de justification, tandis qu’il n’entend pas les arguments qu’on lui présente. Il remet toujours tout en cause ; sans bouger, inamovible même, comme si rien n’avait été dit ou fait. Il demande encore et toujours que l’on réfléchisse, tandis que lui ne le fait pas. Comme s’il savait tout, n’avait rien à apprendre ni à accepter. Il n’acceptera pas face à l’inéluctable, il cherchera à monter les uns contre les autres. Si, finalement, on lui imposera une ligne de conduite, il fera tout pour échouer. Et son rire ne me donne plus aucune envie.


Derrière l’entêtement, j’ai trop souvent perçu de la bêtise. Et je ne la supporte pas : les êtres ainsi bornés me font me refermer comme une huitre, retirer ma confiance, me résoudre à ne plus tenter d’expliquer ce qui n’ira que dans l’oreille d’un sourd.

Il n’y a que Jacob, avec lequel j’avais travaillé il y a bien longtemps, qui était entêté, mais qui savait se rendre à la raison, quand aucun argument ne fonctionnait plus. Sans rancune, sans aigreur. Nous sommes devenus amis. Lui, sa femme et maintenant ses enfants, sont parmi les plus proches que j’ai.

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106.1

Classé dans : M.P., O.Z. — In Zikh @ 7:36

Parfois, quand il rit, j’ai envie de l’embrasser.


Il me rappelle Martin, cela faisait longtemps que je n’avais pensé à lui. C’était une semaine avant la fin de son stage et son retour au Canada : il me proposa d’aller prendre un pot. J’étais tombé sous son charme - l’accent et sa façon de parler un tantinet désuette, son regard et son maintien, entre chat et ours -, mais je m’étais bien gardé d’en montrer quoi que ce soit. Nous parlâmes de tout et de rien ; pas tout à fait de rien, dans mon cas : tout en gardant ma réserve, je parlai aussi, à mots couverts, de moi.

Durant les tous derniers jours de son séjour, notre contact au quotidien fut plus informel et détendu, cela faisait d’ailleurs un moment qu’il ne me donnait plus du Monsieur (qui n’était pas sans me rappeler le baise-main que mon cousin d’Espagne, encore enfant, faisait avec rigueur et élégance aux dames de son entourage) et était passé au tutoiement “comme tout le monde”. Sans pour autant perdre son accent ensorceleur.

Après, nous restâmes en contact par courriel, de temps à autre. Il me parlait de sa vie en général, professionnelle et privée, de son colocataire. Bien qu’à des milliers de kilomètres de distance, j’entendais sa voix en lisant ses messages, et me demandais, avec une certaine nostalgie, si…

Un an plus tard, il revint en France rendre visite aux amis qu’il s’y était faits. Je me faisais une fête de le revoir, et de lui montrer l’appartement que je venais d’acheter et dans lequel j’entrerais quelques mois plus tard. Dans l’ascenseur qui nous y menait, il se tourna vers moi et m’embrassa en m’enlaçant dans ses bras. C’est alors que tout a commencé.

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23 avril 2005

99.2

Classé dans : O.Z. — In Zikh @ 14:14

Une poignée franche et cordiale, qu’il fait plaisir serrer, un sourire aussi clair que le regard que lancent ses yeux en amande (il n’est pas asiatique, pourtant). Il possède une voix bien posée, et il n’a rien d’un poseur. Son allure est droite et énergique, mais pas brutale. Il va de l’avant, mais ne se précipite pas, il est attentif. Bien construit. Intelligent, sans doute. Persévérant, certainement : je le vois parfois, devant un de ces écueils inévitables, le visage perplexe, frustré ou défait, mais il continue ; il essaie autrement, il s’accroche, il contourne. Naïf, ou innocent du moins, sans une once de malice : quand, pince-sans-rire, on lui sort une énormité sans méchanceté aucune, il marche à fond, tout étonné ; puis quand on la démonte, il éclate de rire, de bon coeur et sans rancune. Ce n’est pas un charmeur : c’est quelqu’un qui a du charme. Il s’entend si bien avec les autres, comment pourrait-il en être autrement ?


Il y avait deux candidats. L’autre, très sûr de lui, a déjà sa carrière tracée devant lui, nous n’aurions été qu’une étape ou un marche-pied, tandis que celui-ci exprimait l’intérêt et l’envie qu’il avait de venir chez nous, sans calcul. Comment ne pas le comprendre ? C’est ce qui m’avait fait venir, alors ; je n’avais même pas discuté du salaire (et pourtant je sais maintenant qu’il était bien en deçà de ce que j’aurais pu avoir ailleurs, mais je ne voulais aller que là) et je ne l’ai jamais regretté. En sortant, il me demande avec réserve mais tout aussi franchement : “faites que je vienne”. J’ai voulu que ma décision soit raisonnable, j’en ai discuté avec les autres. J’ai voulu que le choix se fasse à l’unanimité et sans regret : il s’est fait ainsi.

Nous travaillons souvent ensemble, la tâche est immense, et ce qu’il doit accomplir d’autant plus difficile qu’il arrive dans le paysage de désastre laissé par son prédécesseur menant de façon inéluctable par des chemins inextricables vers des impasses. Je suis ce qu’il fait, l’aide à se réorienter quand il le faut, lui offre mon expérience sans pour autant le brider. Nous avons fait récemment le point. Je lui ai dit franchement ce que je pensais, il m’a répondu de même. Il est content. Je le suis aussi, pour lui, pour moi, pour nous tous.

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