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27 mai 2005

130.1

Classé dans : D***, E.R., Papa et Maman — In Zikh @ 12:48

J’ai empêché Maman de se jeter par la fenêtre, D*** de se poignarder, Évelyne de se tuer je ne sais plus comment. Pour D*** comme pour Évelyne, par la parole, par la conviction, mais aussi par l’écoute.


Qui est-ce qui me retient, dans ces moments où le fardeau de la vie semble trop lourd ? quand, à défaut d’une oreille amicale voire d’indifférence, je récolte un coup de pied qu’il est d’autant plus facile d’asséner caché à celui qu’on aperçoit dans un moment de faiblesse ? C’est, finalement, la conviction que D*** pourrait faire appel à moi de nouveau comme il l’a fait alors, et que je dois être là. C’est aussi que je suis curieux ; de ce qui est ici plutôt de ce qui est (ou n’est pas) là-bas.

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22 mai 2005

126.3

Classé dans : ...autres — In Zikh @ 17:44

Il y a des moments où je n’en peux plus.

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126.2

Classé dans : D***, E.R. — In Zikh @ 12:48

Évelyne me reprochait de ne pas aimer ce qu’elle aimait : films ou livres, tableaux ou musique ; elle en souffrait d’autant plus qu’elle s’attachait à tout ce que je lui faisais connaître. Cette situation nourissait son complexe d’infériorité et l’agressivité qu’elle exprimait à mon égard. Celle-ci s’est d’ailleurs greffée sur la frustration qu’elle devait ressentir à chaque fois qu’elle m’appelait à l’aide, que j’étais là pour elle, que je la soutenais dans ses mauvais passages, et qu’elle était incapable de le faire pour moi. J’ai toujours pensé qu’elle était égocentrique et ne pouvait ressentir d’empathie à mon égard ni comprendre ce que je m’évertuais à lui expliciter de certains recoins de mon for intérieur, tandis que je la lisais à livre ouvert, trop ouvert.

Il m’est toutefois revenu une remarque amicale et cinglante de ma cousine, après qu’elle m’eût fait un compliment quelconque que j’avais tout de suite minimisé, par ce que je sais aujourd’hui avoir été l’humilité des orgueilleux : “mais tu ne peux donc pas accepter simplement un compliment et dire merci?” Cet orgueil que Maman avait décelé (et pour cause, je lui ressemblais tant sur ce point comme sur d’autres) et sur lequel elle m’avait alerté, mais je n’étais pas prêt à écouter.

Il est vrai que j’ai toujours aimé partager ce que j’aime avec ceux que j’aime. Mais je me demande maintenant si j’ai su partager avec eux ce qu’ils aimaient ? Avec D***, que j’ai tant aimé (et que j’aime tellement encore aujourd’hui mais autrement) ? Si je fais un bilan honnête, je crois que les contrées merveilleuses et les régions splendides que nous avons découverts ensemble correspondaient plus à mes goûts qu’aux siens, même s’il en a tiré un plaisir indéniable. Il se rendait à mes arguments, finalement, et, dans mon aveuglement, j’étais contrarié par ses résistances.

Je n’étais finalement pas si différent d’Évelyne dans certaines articulations vitales pour l’amitié, et c’est pourquoi elle n’y a pas résisté. Quant à D***, je me rends compte que, lui comme moi, nous avons fait un chemin tellement important, celui qui nous permet maintenant de mieux nous écouter et nous entendre avec une réciprocité dont nous n’étions pas capables. Peut-être parce que notre amitié a survécu à notre couple.


Il y a tant de façons de jouir à deux. Le plaisir, quand il est partagé, quand il est attentif à celui de l’autre qu’il complémente ou soutient, qu’il met en question ou approfondit, peut approcher du sublime et de l’indicible : de l’union de deux âmes incommensurablement différentes. Recevoir un cadeau avec grâce et reconnaissance est aussi une belle façon de faire un cadeau.

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126.1

Classé dans : David, N.G. — In Zikh @ 9:40

Après le concert, Nicole et moi prîmes le bus qui nous ramena au centre, où nous habitons non loin l’un de l’autre. Elle me raconta que David s’était fait larguer par son compagnon de longue date “pour un petit jeune”, qu’ils s’étaient séparés, qu’il en avait été effondré puis qu’il s’était repris en main, à tel point qu’elle en était fort surprise : régime, jogging… et qu’il en était méconnaissable : il rayonnait.

J’avais rencontré, ou plutôt croisé, David pour la première fois dans un lieu incongru : Sainte Sophie, à Istanbul, lors d’un voyage de groupe. J’avais remarqué son visage étrangement attirant, non pas qu’il fut beau (la beauté aurait plutôt tendance à me tenir à distance), mais il exprimait intelligence et sensualité. Puis je l’avais oublié. Je le revis avec son ami lors d’un dîner chez Nicole, et c’est lui qui me rappela où nous nous étions vus.

Deux ou trois autres dîners me permirent de le revoir, toujours accompagné. David monopolisait la scène de son esprit foisonnant et de son verbe riche - c’en était plus amusant que dérangeant, et si je retrouvais chez lui cette propension que j’ai à parler, je sais aussi être spectateur. Quant à son ami, plus réservé, il n’était pas inintéressant, quand il lui arrivait de pouvoir en placer une. à la fin d’une soirée, David me fit une bise amicale.

Secrètement, je me prenais à rêver du couple que David et moi pourrions former, mais je me suis bien gardé de le montrer ou de faire quoi que ce soit en ce sens ; j’ai un respect quasi religieux du couple, ceux que j’ai vus à commencer par mes parents, et celui qui a été le mien et qui a été mon plus grand bonheur, à ce jour.

Ce que me racontait Nicole ce soir-là ne pouvait manquer de nourrir ce rêve. Comme elle fit alors allusion à mon célibat actuel, je lui lançai “mais tu es une marieuse dans l’âme!” tout en espérant qu’elle le fut vraiment ; je ne me voyais pas contacter David, ne sachant d’ailleurs pas où il habitait, ni pour quel prétexte. Et finalement, par timidité.

Quelque temps plus tard, je reçus une invitation de son producteur pour assister à l’avant-première de l’une de ses oeuvres ; la date était fort mal choisie : la veille d’un pont, et je n’étais pas le seul à ne pouvoir y assister, comme le confirma Nicole. à grand mal, je trouvai son adresse électronique, et lui envoyai un petit mot, le remerciant et m’excusant de mon absence, tout en émettant l’espoir que j’aurais l’occasion de la voir, cette oeuvre, ultérieurement. Je ne reçus pas de réponse.


Malgré ma timidité, j’avais rencontré celui qui a changé ma vie, m’a fait connaître le bonheur, m’a prouvé à moi-même ma capacité à donner autant qu’à recevoir, à partager sans m’effacer ni écraser. Cela aurait dû suffir à me permettre de la vaincre, cette timidité, d’oser aborder sans craindre le rejet. Eh bien non. Il y a toujours cette fêlure intangible que je n’arrive pas encore à réparer.

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21 mai 2005

123.2

Classé dans : J.V. — In Zikh @ 7:45

J’avais fait la connaissance de Jean quelques semaines avant mon départ de France. J’étais aux anges, j’avais enfin rencontré quelqu’un, moi qui en rêvais éperdument, après ces croisements vides et sans lendemains qui me dégoûtaient de moi-même et me donnaient le sentiment croissant de l’impossibilité de la relation que j’espérais de par ailleurs.

Nous commençâmes à nous voir le plus souvent possible, à dévorer le peu de temps qui restait avant mon départ ; chez lui, chez moi, en ballade, tout était prétexte à partager ensemble ces moments. Ma tendresse naturelle, exacerbée par le manque, trouvait enfin un exutoire. Adulte, je vivais enfin mon adolescence.

Et comme un adolescent, j’étais aveuglé par le sentiment amoureux. Dès les tous premiers instants, j’avais été conscient d’une petite voix intérieure qui me disais discrètement, posément, qu’il n’était pas celui que j’attendais ; que ce n’était pas l’ami que je présenterai à mes amis ; qu’au-delà des élans qui nous portaient irrésistiblement l’un vers l’autre, nous n’avions presque rien en commun ; que ce que j’aimais, c’était le sentiment amoureux, et non pas l’objet de ce sentiment. Je ne pouvais l’entendre, je ne voulais l’entendre. Ce n’est que quand j’ai rencontré D*** que je l’ai enfin compris.

J’ai certainement blessé Jean : mon immaturité me leurait sur mes sentiments, tandis que les siens étaient simples, il pouvait s’attacher facilement ; pour moi, ce fut un long chemin, après lui.


Avec le temps, j’ai constaté que mon intuition, si elle ne peut prédire les possibles, voit souvent les impossibles ou du moins perçoit des écueils encore invisibles. Sans prendre pour argent comptant tout ce qu’elle me suggère, j’y prête plus attention, maintenant. Quitte, parfois, à en faire fi.

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20 mai 2005

123.1

Classé dans : G.C. — In Zikh @ 22:58

Nous nous sommes rencontrés pour la première fois, m’a-t-il rappelé récemment, quand il avait trois ans et moi cinq. Ce n’était pas le fruit du hasard (ou alors, de ces hasards dont le sens occulté accompagne notre vie), puisque nos parents se connaissaient. Je me souviens d’un enfant assis par terre, des prothèses de métal encerclant ses jambes paralysées. Il se souvient que je m’étais déguisé (comme je le ferai souvent, d’une façon ou d’une autre, plus tard).

Quels que soient les pays dans lesquels nous avons vécus, nous nous sommes retrouvés régulièrement, enfants, puis adolescents et enfin adultes. Au fil du temps, mon admiration pour cet être exceptionnel n’a fait que croître ; le handicap, qui l’a cloué sur un fauteuil roulant, puis au lit, ne l’a pas empêché de projeter une vitalité rayonnante sur les amis qui l’entourent et de développer une curiosité qui a nourri ses sens d’autant plus aigus qu’ils lui permettaient de percevoir ainsi le monde qu’il ne pouvait explorer. La philosophie, qu’il étudia brillamment malgré les obstacles qui auraient été insurmontables pour tout être “normal”, nourrissait nos conversations sans fin.

Pourtant, je n’étais pas satisfait : ses goûts musicaux me semblaient si peu à la hauteur de ses dons, lui qui pouvait tout entendre et tout comprendre. Il n’avait jamais réellement écouté de musique classique. Un jour, je lui apportai la cantate BWV 106 de Bach, “Actus Tragicus”. Je guidai son oreille en attirant son attention sur un instrument ou l’autre, sur l’entrelacs des mélodies qui exprimaient l’une la tristesse l’autre l’espoir en une vie future, chorals antiques connus des contemporains de Bach et airs “nouveaux”. J’étais inspiré, habité par… par le miracle de notre amitié ; je n’avais jamais appris à faire de l’analyse (je ressens la musique plutôt que je ne la pense) et n’ai plus vraiment su le faire depuis.

Il m’a dit récemment que ce jour-là avait changé sa vie : la nuit qui s’ensuivit, il ne put dormir. Après, il commença à écouter ce que je lui apportais, et qui reflétait mes goûts en la matière. Avec le temps, il se développa le sien, différent, ce qui nous fournit de nombreux sujets de discussion passionnée. Il commença à assister à des concerts, à connaître des musiciens émerveillés par cet être d’une intelligence rare.

C’est ainsi qu’il m’a donné l’occasion de faire un geste qui est sans conteste l’un de ceux dont je suis le plus fier. Aujourd’hui, il peut à peine bouger le bout d’un doigt.


Il est des gestes dont on ne connait pas la portée. C’est ainsi que j’ai appris que le sentiment décourageant que j’avais de mon inutilité n’était nourri que d’orgueil : ne pouvant être une étoile, je me prenais pour un ver de terre. C’est en cessant graduellement de me préoccuper de moi que je commençai à prendre goût à la vie et aux autres.

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122.1

Classé dans : Papa et Maman — In Zikh @ 8:13

Quand j’ai commencé à m’occuper de Maman à son veuvage, nos relations étaient pour le moins tendues, ce qui devait avoir contribué dans le passé à mon départ à l’étranger pour des études puis pour y travailler. Au fil du temps, je sus prendre le recul nécessaire pour m’en rapprocher sans en être affecté négativement. Les dernières années de sa vie furent une période apaisée, voire heureuse, malgré ses problèmes de santé et le manque irremplaçable de la présence de Papa à ses côtés.


J’ai mis longtemps à accepter les défauts de Maman et à déceler les qualités de Papa. C’est alors que j’ai su vraiment les aimer, avec admiration et tendresse ; avant, j’en attendais le ciel, tandis que c’était sur la terre que nous vivions.

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18 mai 2005

119.1

Classé dans : I&M.M — In Zikh @ 8:18

Cela fait un peu plus d’un mois qu’Isi est mort. J’avais commencé une lettre à l’intention de Mollie, puis je l’avais égarée ; je l’ai retrouvée hier. Je pensais souvent à elle, et voulais lui parler, tout en repoussant le moment de l’appel : je me demande toujours, dans ces cas, ce que je pourrais bien dire à quelqu’un qui a perdu l’être avec lequel il a passé l’essentiel de sa vie. Je me suis finalement contraint à ne pas y penser et je l’ai appelée.

Sa voix était lasse, elle me dit qu’elle n’arrivait plus à dormir, malgré les médicaments, qu’elle commençait ses journées fatiguée et les terminait épuisée, et que, si cela continuait encore une nuit, qu’elle se jetterait par la fenêtre. En rajoutant tout de suite, “mais ça ira”. Avant même de parler d’elle, elle s’enquit avec une attention non feinte de moi, comme toujours.

Elle devait encore faire face à une épreuve : se débarasser de tous ses effets, à lui. Elle me parla de l’émotion qui la saisissait à chaque fois qu’elle voyait un objet, même le plus banal, qui lui rappelait son souvenir et son absence. Je lui dis alors que, quand Papa est mort, c’était moi qui m’en étais chargé pour éviter à Maman d’avoir à les trier tous un par un, ces objets, qui se retrouvaient chargés d’un poids affectif démesuré, et de s’en séparer comme si c’était encore un bout de Papa qui partait avec chacun d’eux. Il fallait que ce soit l’un de ses enfants qui le fasse, et elle me dit que ce serait le cas.

Elle me dit qu’elle était bien entourée, famille et amis lui prodiguant leur présence et leur attention, ce que je savais et qui me rassurait à son égard. Elle finit en disant que maintenant il lui fallait les laisser reprendre leur vie, et qu’elle devait dorénavant reprendre aussi la sienne, de vie ; que cette première année serait sans doute la plus dure, comme toutes les premières choses par lesquelles elle allait passer, et m’assura de son indéfectible amitié.


Il ne suffit pas de tenter d’éviter les écueils de la vie, il faudrait surtout apprendre à se ramasser, après. Et à poursuivre son chemin. Autrement.

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16 mai 2005

116.1

Classé dans : B.J. — In Zikh @ 8:23

J’avais tourné longtemps avant d’entrer, le coeur battant, dans la salle où avait lieu la réunion du groupe d’étudiants gays. Le soulagement d’avoir enfin fait le pas mitigeait mon appréhension et ma timidité qui n’était pas loin d’être maladive, mais que je savais, au moins, cacher, à défaut de pouvoir la dominer. Me connaissant à cet égard, je me demandais comment je pourrais bien y aborder l’une ou l’autre personne qui s’y trouvait. Heureusement que dans ce pays-là - je le savais au fond de moi - les gens sont accueillants envers les nouveaux venus. Bientôt, je fus en train de discuter avec Bruce.

Dans cette petite ville estudiantine, nous n’habitions pas loin l’un de l’autre, et nous voyions régulièrement, nous embarquant dans de longues discussions sur les sujets qui nous intéressaient, voire nous passionnaient. Bien qu’il étudiât une discipline scientifique, il faisait partie de la troupe d’amateurs de danse contemporaine de l’université, et c’est ainsi que je découvris ce domaine qui m’a procuré depuis des plaisirs incontestés. à cette époque, j’avais vu un très beau documentaire qui présentait sept chorégraphes américains contemporains, et j’avais été transporté ; maintenant, je pouvais assister à des spectacles vivants qui n’étaient pas sans rappeler ce que j’avais vu à l’écran du travail de Lucinda Childs : une broderie polyphonique et harmonieuse de lignes courbes qui s’entrelaçaient subtilement. Et Bruce y dansait.

Plus petit que moi (c’est ainsi qu’il se présente à mon souvenir, bien que je constatai des années plus tard qu’il ne l’était pas tellement), il avait une démarche souple qui n’avait rien d’efféminée, ce qui m’aurait probablement détourné de lui. Un dimanche que je venais le chercher pour une ballade, je le trouvai sortant à peine de la douche sans ses lunettes : bien que drapé dans un peignoir il semblait nu, et ses grands yeux bleux un peu étonnés et malicieux me ravirent. J’étais si ému que j’avais du mal à parler sans bafouiller. J’aurais tant aimé le prendre dans mes bras et l’embrasser.

Plus tard, je lui envoyai un recueil illustré d’un florilège de mes poèmes favoris, chacun une déclaration d’amour que je n’osais dire avec mes mots. Sa réponse fut brève et efficace, et nous ne nous revîmes plus.

Des années plus tard et en un autre pays, je pus enfin voir un spectacle chorégraphié par Lucinda Childs ; en attendant qu’il commence, je feuilletais les notes de programme quand mes yeux tombèrent avec stupéfaction sur les noms des danseurs de la troupe : celui de Bruce y figurait. C’était un nom assez commun, mais tout de même… la coïncidence était pour le moins étrange. à la fin de ce spectacle, durant lequel j’avais scruté les visages des danseurs pensant l’y voir dans l’un ou dans l’autre, j’allai vers la sortie des artistes. Ne sachant si je le reconnaitrais, je m’adressai au premier danseur qui sortit, et celui-ci me répondit que Bruce allait arriver et que je le reconnaîtrais facilement, en ajoutant ” il est si beau…! “, ce qui ne manqua pas de faire battre mon coeur un peu plus vite.

Il sortit enfin. Je sus que c’était lui, mais il était bien plus grand et élancé que je m’en souvenais, et curieusement, je ne retrouvai pas cette forme harmonieuse qui m’avait tant ravi alors. Son regard stupéfait indiqua bien qu’il m’avait reconnu. Nous échangeâmes quelques mots poliment, comme deux étrangers qui se croiseraient près d’un buffet. Même si je souriais, j’avais le coeur serré. Je lui donnai mes coordonnées, car je savais que la troupe reviendrait.

Il ne m’a pas contacté, ce que je pressentais même si j’avais espéré le contraire. Depuis, il m’est arrivé de chercher son nom sur l’internet, mais il n’en reste aucune trace, si ce n’est dans la liste des anciens élèves de l’université. Comme s’il avait disparu de la face de la terre.


J’ai longtemps vécu avec ce relent d’adolescence romantique et le sentiment frustré d’un paradis perdu dont j’avais pu apercevoir, par une porte entrouverte et sitôt refermée, un jardin ravissant dans lequel j’aurais voulu errer et dans lequel je n’étais même pas entré. Cette vision nostalgique m’a empêché de voir alors le paysage que j’appris à apprécier après, celui de la vie telle qu’elle est, et qui s’avera bien plus beau que celui dont j’avais révé.

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15 mai 2005

115.3

Classé dans : D*** — In Zikh @ 11:57

Le jour où nous nous rencontrâmes… j’attendais, le coeur battant, sa venue. Quand la sonnette retentit, puis quand j’ouvris, je crus qu’il allait s’arrêter : je ne voyais que la mer de ses yeux dans lesquels je me suis noyé si souvent depuis, son sourire ravageur qui m’aura fait fondre même dans les moments où je n’en avais pas envie, un air assuré qui dissimulait une timidité intense que je ressentais tout autant.

La première nuit que nous passâmes ensemble, lui à dormir, et moi, la chamade au coeur, à écouter sa respiration si calme, et à le regarder dans l’obscurité pourtant totale, sans oser le frôler…

Celle où nous nous effleurâmes, puis nous enlaçâmes, avec la maladresse de deux êtres qui découvrent, hésitants, l’intimité de l’autre et qui pressentent qu’ils vont enfin aimer vraiment pour la première fois, avec la précaution de celui qui veut éviter d’effaroucher l’autre autant qu’il l’est lui-même, avec l’infinie tendresse qui commençait à nous envahir et dont naîtra cet amour que nous ne pouvions imaginer…

La fois où il m’emmena dans sa famille, et le voyage qu’il fit pour rencontrer la mienne, ou le jour où nous vîmes des paysages si exaltants qu’on aurait voulu que le temps s’arrête à jamais…


Il n’y a pas eu de “plus beau jour” de ma vie, à ce jour ; chacune de ces fois a inauguré des jours et des nuits encore plus beaux les uns que les autres. J’espère que le plus beau jour de ma vie en sera le dernier, et que, jusque là, il y aura d’autres jours encore plus beaux que ceux que j’ai eu le bonheur de connaître, quand bien même ils ne seront plus avec lui. Du moins ainsi qu’ils le furent.

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