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29 juin 2005

148.1

Classé dans : F.B. — In Zikh @ 22:51

Le sourire de Françoise est un rayon de lumière, de joie et de plaisir. Il n’y a pas que son sourire : ses yeux pétillent, son visage s’éclaire et tout son corps se tourne vers moi quand l’on se rencontre. Un tel accueil ne peut que remplir d’un rare sentiment de bien-être.

Son écoute n’est pas une politesse formelle ; elle est attentive et amicale, et à la mesure de la confiance mutuelle et profonde qui s’est établie entre nous. Je sais que ses silences, ses commentaires ou ses réponses seront faites avec sincérité et délicatesse, sans flagornerie ni maniérismes.

Les domaines d’intérêt (principalement culturels) que nous partageons nous sont essentiels, sans que nous en ayons la même vision ou la compétence. Là où nous ne nous entendons pas, nous nous écoutons et respectons nos divergences d’opinion ou de goût. Ces différences enrichissent ce que nous partageons.

Françoise est une amie qui m’est très chère.


C’est avec Françoise que je suis finalement arrivé à discuter de ce qui, pour elle comme pour moi, est au coeur des relations aux autres, que ce soit à la personne qu’on aime, aux amis ou aux autres. C’est loin de constituer l’essentiel de nos échanges, mais quand l’un ou l’autre l’aborde - par nécessité, par circonstance - il sait que l’autre sera là pour l’écouter.

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28 juin 2005

146.2

Classé dans : D*** — In Zikh @ 0:33

Je l’ai souvent regardé dormir, dès notre toute première nuit. L’émotion que j’en ai ressenti alors ne s’est jamais estompée, même si elle a profondément changé de nature. Alors, j’étais bouleversé devant le mystère presque complet de ce visage encore si peu connu qui commençait à se révéler à moi dans son sommeil, et sur lequel je discernais l’ombre d’expressions changeantes ou percevais un frémissement de lèvres, une syllabe d’un mot à peine prononcé, un soupir ébauche d’un gémissement.

Au fil du temps, c’est en apprenant à le connaitre dans ses joies et ses douleurs, ses espoirs et ses craintes, sa force et ses faiblesses, sa générosité et son orgueil, son indépendance et son attachement, que ce que disait ce visage dans la nuit m’est devenu plus lumineux et bien plus émouvant ; je n’étais plus éprouvé par le mutisme qui l’empêchait, tel un mur infranchissable entre nous, d’aborder avec nuance ce qui touchait le for intérieur et à moi de l’entendre.


J’en suis touché comme un père, comme une mère, comme un frère. Comme un ami.

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23 juin 2005

146.1

Classé dans : ...autres — In Zikh @ 7:24

Deux portes fermées me faisaient face sur le palier. Des bruits légers parvenaient de derrière celle de gauche vers laquelle je me dirigeais ; je savais qu’il y avait quelqu’un dans la pièce, et ce devait être cette personne qui, en bougeant, était à l’origine de ce que mon oreille percevait. J’allais poser ma main sur la poignée lorsqu’un tambourinement rapide et violent se mit à retentir sur l’autre porte. On la frappait fort, de façon répétée, acharnée, agressive, revendicatrice ; la clameur des coups emplissait le palier, m’assourdissant et surtout m’impressionnant. Figé, j’arrêtai mon geste. En était-ce l’intention, m’empêcher d’entrer à gauche (par jalousie ? par prudence ?), ou voulait-on me forcer ainsi à ouvrir la porte de droite, pour libérer ce qui s’y trouvait, homme, bête ou chose - je ne l’ai jamais su, d’ailleurs : je me réveillai le coeur battant la chamade, croyant entendre encore ces coups de poing retentir autour de moi, en moi.


La détermination monomaniaque de certaines personnes que rien - ni parole, ni geste - ne peut arrêter me fait parfois cet effet, quand bien même leur façon de s’exprimer est souvent froide et impassible ; elle n’en est que plus impressionnante : elle s’enfonce comme une lame fine et acérée dans ce qui barre le chemin de son action. Ma détermination est autre : j’utilise tous les arguments du coeur et de l’esprit pour tenter de rallier ; j’espère toutefois qu’elle en diffère autant par ses moyens qu’en ses finalités.

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20 juin 2005

143.1

Classé dans : ...autres, Papa et Maman — In Zikh @ 9:01

J’ai toujours cru les déclarations qu’on me faisait. L’un des genres qui a rarement manqué de m’émouvoir est celui-ci : “j’ai tellement envie de faire ta connaissance”, “je te rappelle dès mon retour“, “on se voit très bientôt, n’est-ce pas ?”, malgré que la vie m’a prouvé que ce ne sont parfois que des formules vides de sens dont le poids ne se mesure pas au choix des mots ni au ton avec lequel ils sont proférés mais à ce qui ne peut se savoir au moment où elles sont dites : à ce qui s’en suivra ; curieusement, plus la déclaration est prégnante plus elle peut être creuse, comme un balon rempli d’air qui explose en plein vol ou disparaît dans le ciel de mes espoirs rapidement déçus. Quand c’est dans la bouche d’inconnus, la blessure passe vite.

J’ai toujours lu les sourires avenants avec plaisir à la vue de visages qu’ils illuminent ainsi, pour me rendre compte que parfois ils ne dissimulaient que fort mal des carnassiers, tel cet homme qui s’est ainsi débarassé d’un tiers de mes collègues par tous les moyens, le sourire à la bouche. Venant de personnes que je fréquente au quotidien parfois bien malgré moi, je devrais être sur mes gardes, et pourtant.

Si ce constat a souvent heurté ma trop grande sensibilité et déçu des espoirs somme toute chimériques, il n’a pas suscité méfiance ou paranoia ; il a encouragé, par contre, ma réserve, même si j’ai toujours une certaine difficulté à réaliser qu’un sourire peut être indifférent voire un artifice calculé, quand bien même je le sais intellectuellement.


Enfant, j’entends encore ma mère me dire qu’il ne fallait pas faire forcément confiance à des messieurs inconnus qui me parleraient en souriant dans la rue. Elle savait, elle, ce qui serait - ou était déjà - un de mes talons d’Achille.

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18 juin 2005

140.2

Classé dans : D***, Papa et Maman — In Zikh @ 14:11

Je vivais avec la crainte de la disparition de mes parents, outre le fait que je ne pouvais m’imaginer la tristesse que cela me causerait : je me représentais l’étouffement d’avoir à prendre éventuellement en charge l’autre, moi qui étais parti à des milliers de kilomètres pour me sentir libre, sans pour autant rompre les liens affectifs qui nous unissaient. La dépendance de Maman dans la relation fusionnelle qu’elle avait à l’égard de Papa, l’infrastructure discrète et essentielle de notre famille et qui l’aimait inconditionnellement, d’une façon qui a forgé ma vision de l’amour en couple, le sentiment d’infériorité/supériorité qui la mettait dans la nécessité de tout contrôler (d’où ma fuite aux antipodes), et enfin sa santé chancellante - tout cela me portait à m’imaginer (à souhaiter ?) qu’il lui survive, car je pensais qu’il saurait continuer son train de vie avec une relative indépendance, sans trop peser sur moi.

Mais ce fut lui qui mourut en premier. Je ne pouvais laisser Maman à son sort, et malgré l’angoisse qui m’a saisi alors, je la pris à mes côtés et m’occupai d’elle au quotidien. Les premières années furent particulièrement difficiles - le deuil d’une vie à deux se rajoutant à une nécessité accrue de contrôle. Mais au fil du temps et des événements, un nouvel équilibre se mit en place ; j’avais pris assez de recul pour pouvoir être proche sans être affecté, D*** était à mes côtés et Maman l’avait pris en affection (ce qui était réciproque, à mon grand soulagement), et l’atmosphère, de noir qu’elle était, commença à se teindre de couleurs plus légères et agréables. Même le désir de l’un et de l’autre de s’approprier ma présence ne s’est jamais manifesté sous forme de jalousie : l’amour filial d’une part, l’amour de son compagnon de l’autre n’entraient pas en compétition, ce n’était pas la même catégorie ; et finalement, peut-on jalouser le bonheur de ceux qu’on aime et dont on est aimé ?

Les dernières années de sa vie furent relativement heureuses et bien plus apaisées. Pour moi, elles furent l’occasion d’éliminer jusqu’au souvenir des tensions et des conflits parfois insoutenables du passé.


On est responsable de ceux qu’on aime : les parents de leurs enfants, l’adulte de son compagnon, de ses parents. Ce n’est qu’après avoir assumé les deux dernières que j’ai pu appréhender quelque peu ce que mes parents ont fait pour moi dans mon enfance, de leur mieux, et de ne plus voir que leurs erreurs ; c’est en apprenant que j’étais tout aussi faillible que j’ai enfin compris la mesure de leur dévouement.

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17 juin 2005

140.1

Classé dans : O.V. — In Zikh @ 19:22

Olivier est un homme intense. Il avait fait la connaissance de Carlo, dont il me parlait en des termes rhapsodiques, louant autant son esprit que son corps. En l’écoutant, il me semblait pourtant que les vertus intellectuelles qu’il lui trouvait n’étaient qu’un fantasme, tout obsédé qu’il était par une relation sexuelle dont il était à la fois le maître et l’esclave et pour laquelle il ressentait le besoin de s’inventer une justification intellectuelle.

Je ne croyais pas si bien (me le) dire : c’était une obsession réelle, profonde, dans laquelle il se lançait à corps éperdu avec passion intense et jalousie furieuse (justifiée ou non, comment le savoir), comble d’un égoïsme aveugle et d’un narcissisme blessé (qu’il tentait de combler par la possession d’un corps qu’il admirait et aurait voulu avoir) et ponctuée de crises et de drames qui le portaient des nues au désespoir profond, tandis que Carlo paraissait ne pas en être affecté, outre l’agacement profond qu’il devait en ressentir.

Puis un jour il me raconta qu’il venait d’être largué, dans une ultime crise qui l’avait profondément humilié. Se rendait-il seulement compte des humiliations qu’il avait fait subir à Carlo ? Intellectuellement oui, mais ce n’était pas l’intellect qui était au rendez-vous dans cette relation. Déclarant un désespoir profond et durable à la perte de son grand amour, il entama, quelques jours plus tard, une relation avec une personne dont il ne tarda à me louer le calme et la simplicité. Mais là aussi, je n’en croyais pas un mot.

Je n’avais pas tort. Plus tard, il m’apprit qu’il s’était séparé de ce brave homme qu’il trouvait réellement trop bête “mais qu’il resterait ami avec lui”, et qu’il était revenu vers Carlo, pour finalement s’en séparer, cette fois-ci à son initiative (ce qui a dû satisfaire son orgueil blessé) et de façon toute aussi abjecte que la fois précédente, et avait rencontré sur le champ un ami, intelligent, lui. De la façon dont il m’en a parlé, je ne perçois plus rien, si ce n’est son obsession toujours présente pour Carlo, qui revient à chaque détour de la conversation.

Je dois rencontrer demain cette nouvelle victime.


Il est si rare que l’amour-passion soit lucide, respectueux et généreux. J’ai eu la chance que le mien le soit enfin devenu.

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14 juin 2005

139.1

Classé dans : D*** — In Zikh @ 21:20

D*** s’était présenté à moi sous un pseudonyme ; le prénom qu’il avait utilisé était l’un de ceux qui me plaisaient particulièrement, peut-être parce qu’il est porté par mon cousin, très bel homme que j’affectionne depuis notre enfance. Ce n’est que lorsque nous commençames à nous fréquenter qu’il me révéla la supercherie, mesure de prudence qu’il avait prise avant de savoir si nous allions réellement tomber en amitié. Le passage ne fut pas aisé : comme je commençais à le chérir, je chérissais aussi ce nom avec lequel je l’identifiais.

Mais la gène ne dura pas longtemps, car bientôt nous en arrivâmes au stade de l’intimité naissante, celle qui se manifeste aussi par l’utilisation de noms privés qui furent la base de notre langage intime développé au fil des années qui suivirent : mots parfois anodins détournés de leur sens premier et qui en prenaient un autre que nous seuls comprenions, non pas tant pour parler en sous-entendus en public mais parce qu’ils exprimaient mieux que les mots convenus ce que nous ressentions l’un pour l’autre et qui n’était qu’à nous deux. Plus tard, il nous a suffi parfois d’un regard pour évoquer ce langage.

De ce fait, je n’ai que peu utilisé son prénom, et quand je l’ai fait - rarement, soit en public par pudeur, soit en privé dans les moments de mésentente - il en était saisi, comme giflé. Pourtant, il en est comme sacralisé : quand je rencontre quelqu’un qui le porte, je ressens intérieurement une gène à l’appeler par ce prénom. à l’inverse, quand il entendit un jour un proche appeler sa femme de l’un de nos noms secrets, il en fut surpris, presque gêné, comme s’ils s’étaient passés un de nos sous-vêtements.


Les infinies dimensions de l’intimité ont tissé des liens chatoyants au fil de notre quotidien rapprochant inéluctablement nos corps et nos coeurs.

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11 juin 2005

138.1 (115.5)

Classé dans : D*** — In Zikh @ 8:11

La première nuit que nous passâmes ensemble, lui à dormir, et moi, la chamade au coeur, à écouter sa respiration si calme, et à le regarder dans l’obscurité pourtant totale, sans oser le frôler…

Mon coeur battait si fort que tout l’univers en résonnait ; D*** allait sûrement l’entendre, du plus profond de son sommeil si calme.


C’est alors que je commençai à veiller sur lui ; au fil des années, j’appris à dormir, juste ce qu’il fallait pour être reposé, juste ce qu’il fallait pour me réveiller - il suffisait d’un souffle, d’un geste - dès qu’il l’a été nécessaire pour l’apaiser, d’un mot, d’une caresse et parfois même d’un regard dans le noir de la nuit où il se débattait.

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9 juin 2005

137.1 (115.4)

Classé dans : D*** — In Zikh @ 23:42

Le jour où nous nous rencontrâmes… j’attendais, le coeur battant, sa venue. Quand la sonnette retentit, puis quand j’ouvris, je crus qu’il allait s’arrêter : je ne voyais que la mer de ses yeux dans lesquels je me suis noyé si souvent depuis, son sourire ravageur qui m’aura fait fondre même dans les moments où je n’en avais pas envie, un air assuré qui dissimulait une timidité intense que je ressentais tout autant.

Nous passâmes une partie de l’après-midi dans ce musée de mon quartier, dont le bâtiment, du plus parfait classicisme XVIe et XVIIe s., et le jardin si harmonieux sont plus agréables à contempler que bien des oeuvres qu’il abrite. Nous le parcourions à un rythme différent ; D*** passait comme indifférent d’une salle à l’autre, tandis que je m’attardais devant les tableaux ou les objets qui m’avaient attirés, et, quand j’en remarquais un de particulièrement curieux, intéressant ou beau, je voulais le rappeler, pour lui faire part de mon sentiment, et, déjà alors, comme pour lui donner ce que je ressentais de meilleur.

Après, il m’accompagna à une soirée qu’avait organisé un de mes collègues. J’admirai l’aisance avec laquelle il évoluait parmi des gens qui lui étaient inconnus, tandis que je n’osais aborder ceux que je ne connaissais pas, tout en étant ravi et soulagé quand ils s’adressaient à moi.

Quand nous nous séparâmes, après la fête, je marchais sur les nuages dans la nuit étoilée.


Ce n’est pas un coup d’oeil ni une soirée qui m’ont permis d’apprendre à connaître et à aimer D***. Mais ce que j’ai perçu et ce que j’ai ressenti ce jour-là en furent les prémisses, et le temps a confirmé ce que mon intuition m’a dit de lui depuis lors, bien avant que je ne sache vraiment l’écouter ni la comprendre - et ce n’est qu’avec D*** qu’elle a su me parler ainsi, lucide et clairvoyante.

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8 juin 2005

136.2

Classé dans : D*** — In Zikh @ 1:25

à la voix atone avec laquelle il répond au téléphone, je sursaute intérieurement et demande à D*** ce qu’il y a ; il me répond qu’il est très déprimé, qu’il ne s’aime pas. Je ne l’avais pas perçu lors de la soirée que nous venons de passer ensemble, et pourtant je le connais probablement mieux encore que sa mère. Il avait été peu loquace et j’attribuais cela à la fatigue qui a d’ailleurs tendance, lorsqu’elle est trop pesante, à le faire rechuter. Mais après ce qui s’était passé, tous mes sens sont en alerte, plus encore que chaque jour depuis cette journée terrible d’il y a quelques années. Calmement, j’essaie de lui faire ressentir cette affection absolue, inconditionnelle, qu’on lui porte ; de le convaincre que la noire vérité qu’il croit percevoir en ce moment précis n’est que le fruit d’une illusion mortifère et passagère, et que, dans les longues périodes où il en est débarassé, il est bien loin de penser ainsi ; que ce n’est pas parce que l’aveugle ne voit pas qu’il n’y a pas de lumière : ce qu’il ne voit pas en lui maintenant, les yeux obscurcis par la dépression, nous qui l’aimons le voyons, en lui, pour lui.

Après, quand j’ai raccroché rassuré pour ce soir, j’ai eu le coeur empli de larmes. Demain sera un autre jour.


Je ne connais pas de mots magiques, et n’y crois d’ailleurs pas. Mais il y a une chose dont je suis convaincu : le silence, dans ces cas, est pire que la parole.

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