Chercher

Calendrier

juillet 2005
L Ma Me J V S D
« juin   août »
 123
45678910
11121314151617
18192021222324
25262728293031

24 juillet 2005

153.1

Classé dans : D*** — In Zikh @ 9:38

C’est bien la première fois depuis des lustres que D*** ne m’a pas appelé depuis plus de 24 heures. Cela fait plusieurs mois qu’il a rencontré l’homme avec lequel il passe une bonne partie de son temps, mais il n’avait jamais manqué de donner signe de vie. Si je sens cette inquiétude sourde, c’est que ce silence pourrait avoir d’autres raisons que simplement une négligence, voire un oubli de sa part - qu’il a d’ailleurs tendance à manifester lorsqu’il est amoureux, comme je l’ai constaté dans le passé : serait-ce une de ces crises, un de ces dangers mortels dont j’ai pu jusqu’ici le sauver ? Depuis lors, je suis toujours aux aguêts, et crains toujours le pire.

Hier, Claudine me disait qu’elle avait trouvé D*** bien mieux les dernières fois où elle l’avait vu, il semblait plus apaisé, détendu, libéré et souriant ; mais de son ami, qu’elle avait aperçu à la même soirée que moi, elle dit avec un frisson qu’il était malsain. Pour ma part, je n’avais ressenti qu’une certaine distance étrange couplée à de l’arrogance, bien que je l’avais vu si brièvement et nous n’ayons échangé que deux ou trois phrases. Claudine est très perceptive, je réexaminai mon impression d’alors à la lumière de ce qu’elle venait de dire, et je me remémorai le sentiment de dégoût physique que j’avais tenté d’étouffer quand je l’avais croisé, et bien avant que je sache que c’était l’ami en question.

Et pourtant, c’est bien la première fois aussi depuis des lustres que D*** ne semble pas affecté de façon inquiétante par la personne qu’il fréquente. Avec ceux qui avaient précédé ce dernier ami, j’avais immédiatement remarqué un changement déplaisant dans son attitude, non pas à mon égard mais dans son caractère, qui à l’image d’un caméléon, reflète et grossit les traits de celui avec lequel il est. Maintenant, il me semble égal à lui-même. Mais est-ce que cela recouvre quelque chose que mon coeur ne voit pas ?

Je serai finalement rassuré de savoir qu’il m’a oublié, même si je m’en sentirai probablement blessé.


Les blessures de l’ego (le mien) sont moins graves que celles de l’âme (la sienne).

• • •

20 juillet 2005

150.1

Classé dans : Papa et Maman — In Zikh @ 9:08

Si je sais le lieu des tombes de mes parents, je ne connais pas celles des leurs ; pour certains, ils n’en ont pas, et pour d’autres il doit être pratiquement impossible de la trouver ; c’est un manque qui ne se comble pas, et je comprends le sentiment de ceux qui ont perdu des proches dans des conditions qui ne permettent pas de retrouver leurs corps pour leur donner une sépulture : il est difficile de pleurer dans un nulle-part.

Quand je suis devant celles de Maman et Papa, je sais qu’ils n’y sont pas vraiment. Ce n’est donc pas ce qui se trouve en ce lieu qui m’émeut, mais ce que j’y apporte dans mon for intérieur. Il n’a de sens que pour moi et pour ceux qui les ont connus et aimés.


Il en va ainsi de tout lieu que l’on dit “chargé d’histoire” ; celui qui ne la connait pas n’en percevra pas la charge. à l’inverse, l’histoire a besoin de symboles qui permettent plus facilement de la fixer dans le temps qui passe.

• • •

17 juillet 2005

149.1

Classé dans : ...autres — In Zikh @ 22:58

Emilia me parle dans sa langue, qui était aussi celle de Maman. J’en entends plus la musique que les paroles, mais cette musique me va droit au coeur, et je m’étonne de comprendre bien mieux que je ne m’en croyais capable. Tout en me vouvoyant - on ne se voit qu’une fois l’an, et l’on n’a fait connaissance qu’il y a deux ans - elle m’appelle par les mêmes diminutifs qu’utilisait Maman, et avec le “bon” accent, si chaud, si caressant. Quand elle le fit, cette année, j’en fus si ému qu’elle s’en excusa, croyant qu’elle avait outrepassé les limites en violant ainsi mon intimité ; je lui répondis que, bien au contraire, cela me touchait profondément. Elle me dit alors que j’étais comme un fils pour elle.

D*** utilise aussi l’un de ces diminutifs, mais il le fait à la française, ce qui m’attendrit et me fait sourire intérieurement.


Quand bien même des voix chères se sont éteintes, leur musique perdure, et il suffit d’un juste écho pour faire revenir tous les souvenirs et les sentiments qui s’y attachent du fin fond de l’univers où on les croyait perdus à jamais.

• • •

6 juillet 2005

148.3

Classé dans : N.K., Papa et Maman — In Zikh @ 8:50

C’est dans un compartiment de train qui nous emmenait à Venise à l’époque du carnaval que je rencontrai Natacha. Je commençai à faire sa connaissance au cours quelques jours magiques que nous y passâmes ; compagnons de voyage réunis par le hasard, d’un voyage de comité d’entreprise, nous avions tous sympathisé et étions partis à la découverte d’une Venise de rêve tourbillonnant et hors du temps.

Natacha était très réservée, au contraire de Claudine, une de ses collègues, dont j’avais entendu la voix claire retentir joyeusement dans le corridor avant qu’elle n’envahisse, toute souriante, le compartiment où je me trouvais. Pendant les mois qui suivirent ce voyage, je les revis régulièrement, ensemble ou séparément, et tout ce que j’appris à propos de Natacha me venait de Claudine : qu’elle avait été mariée, qu’elle avait des enfants… Elle-même ne m’en disait encore rien ; je voyais bien qu’elle était sur ses gardes, et qu’une grande partie de son énergie allait à maintenir l’image d’une femme encore jeune et dynamique.

Ce n’est qu’au fil des années que j’appris qu’elle était grand-mère, qu’elle tirait le diable par la queue, que sa vie amoureuse était un désastre périodique ; naïve, romantique et intensément tragique comme le sont souvent les russes issus de l’immigration, elle se faisait régulièrement exploiter affectivement et financièrement par des hommes roués et sans scrupules, souvent louches et marginaux.

Passionnée par son métier, elle faisait voir ce qu’on ne savait regarder. J’étais touché par ce personnage balloté comme une barque sur une mer déchaînée, et je l’appelais régulièrement pour lui proposer un déjeuner - ce qu’elle acceptait toujours avec plaisir -, l’inviter à une soirée - sauvage, elle y venait rarement, et s’en enfuyait, comme Cendrillon avant minuit, pour rentrer dans sa banlieue.

Après un apprivoisement long et patient, j’arrivai à lui faire faire connaissance de Maman. Toutes deux originaires du même pays s’y retrouvèrent, et purent ainsi sortir parfois de leur solitude, en commun. Quand Maman mourut, Natacha commença à m’appeler régulièrement, elle qui ne l’avait jamais fait. Elle fut d’ailleurs une des seules personnes à le faire en ce temps-là, et je compris que sa sensibilité comprenait la mienne, même si, jusqu’alors, elle ne l’avait jamais exprimée. Manifestant une présence discrète, elle sut ponctuer avec amitié cette période de deuil. Quand j’en sortis, nous reprîmes nos habitudes antérieures.

Bien plus tard, il m’est arrivé d’avoir d’autres périodes où ma capacité à aller vers les autres se trouvait réduite pour des causes bien réelles, et où j’aurais apprécié des gestes tels que ceux qu’elle avait faits. Mais elle n’en était plus capable.


à l’”aide-toi, le ciel t’aidera”, je préfère le “aide les autres, ils t’aideront aussi”. Parfois. Mais je n’ai pas renoncé.

• • •

2 juillet 2005

148.2

Classé dans : D***, E.R., F.B., J&H.K., L.C., S.W. — In Zikh @ 23:49

L’écoute de Françoise est attentive et amicale. Elle fait partie de mon cercle le plus proche ; son attitude n’a pas changé quand, pour répondre à sa question sur la présence quasi permanente de D*** à mes côtés, je lui parlai du sentiment qui nous liait - lui que j’avais tant aimé (et que j’aime tellement encore aujourd’hui mais autrement). Ce fut aussi le cas pour mes si chers Jacob et sa femme Hélène ; c’est elle qui m’interrogea avec délicatesse, et, à ma réponse, posa sur moi un regard qui comprenait.

Sylvie est d’une rigueur suisse calviniste, mais sa morale personnelle, qu’elle ne manque d’appliquer à tout son entourage, qu’il soit personnel ou professionnel, ne me condamne pas ; bien au contraire, il me semble qu’elle se détermine sur ce qu’elle perçoit de ma façon d’être avec elle, avec les gens qui m’entourent ; finalement, elle est une affective qui se domine. Il lui arrive, rarement, de se lâcher : elle devient alors vraiment joyeuse et sensuelle. Ce n’est que récemment qu’elle m’a sorti une remarque que j’ai trouvée déplaisante : “j’ai pensé à vous, l’autre jour, à propos de la Gay Pride”, non pas par crainte (elle connaît mes sentiments pour D***), mais parce que je ne m’y reconnais pas, ce que j’ai alors dit. La connaissant, elle n’y reviendra pas. Elle me rappelle Liz, autrichienne protestante, militante pour l’égalité des droits des homos aux US, tout aussi rigoureuse et qui ne comprend toujours pas, à plus de 80 ans, que la forme du message n’est pas qu’un formalisme de bonnes manières, mais en influence, oh combien !, la réception. Elles, je les comprends sans doute mieux qu’elles ne me comprennent : pour survivre à leurs passés tragiques respectifs - guerre, exil, meurtres, suicides - elles ont dû se construire une cuirasse qui les tient, et sans laquelle elles s’effondreraient. Mon amitié leur est acquise : malgré cette carapace, malgré cette psychorigidité (qui tient parfois du grandiose et parfois du ridicule), leurs sentiments d’amitié généreuse percent. D’ailleurs, qui n’a pas de coquille ?

Quant à Évelyne, notre amitié n’y a pas résisté. Sa conception si manichéenne du monde me classa irrémédiablement dans une catégorie (où elle avait d’ailleurs des amis) où je ne me reconnaissais pas, et à laquelle elle me réduisait inmanquablement, avec ténacité, sans vouloir entendre ce que je tentais alors de lui expliquer, me rétorquant alors dans un verbiage pseudo-psychologique que je ne savais pas de quoi je parlais, mais elle, si : il fallait que mes goûts et mes comportements correspondent à l’image simple et bien définie qu’elle s’en faisait. Ce carcan permanent m’était devenu insupportable - mais j’était toujours là -, tandis qu’il devait la rassurer, comme tout stéréotype. Comme j’en ai parlé ailleurs, elle n’avait eu de cesse de faire appel à moi dans ses moments de détresse et de dépression d’où j’arrivais à la sortir ou lorsqu’elle avait besoin d’une aide technique ; les soirées joyeuses que nous avions passées ensemble n’existaient plus, il ne restait qu’une exigence permanente à mon égard qu’elle idéalisait et méprisait tout à la fois, tandis qu’elle restait enfermée dans un égoïsme infantile qui m’avait attendri, au début. Quant elle rompit, par dépit sans doute, elle m’écrivit que dorénavant elle trouverait facilement des gens qu’elle pourrait payer pour lui rendre ce genre de service. Quelques temps plus tard, quand elle voulut renouer, elle s’étonna quand je déclinai - gentiment.


L’exigence de perfection - à l’égard des autres plus souvent que de soi - est futile et destructive : à la chercher, on ne la trouve jamais ; à mesurer l’autre ou soi à cette aune, on faillit toujours. Mais il ne faut pas se résigner à la médiocrité : j’ai toujours admiré ceux qui tentaient, et ils m’ont appris à le faire.

La psychologie est une science, et à ce titre, quand on en possède la connaissance, on peut l’exercer avec art. Ce ne fut pas le cas d’Évelyne, comme ça ne l’est pas de bien d’individus qui noient le sens dans un verbiage obfuscatoire d’analyses pseudo-psychologiques ; pensant à tord révéler les profondeurs, ils ne peuvent voir l’évidence, aveuglés qu’ils sont par une méthode qu’ils utilisent mécaniquement, sans métier ni amitié, ni surtout sans en comprendre l’essence. Ce n’est même pas une imposture intellectuelle, c’est un effet de mode, dans laquelle je ne me reconnais pas non plus.

Il y a des critiques qui, faites avec empathie, aident à (se) construire, à mieux progresser, à affronter sans confronter ; elles sont à l’opposé de celles qui sont proférées pour mépriser, rabaisser, réduire ou dominer, même si (ou surtout quand) elles sont faites avec style et panache, émotion ou délicatesse, mais qui ne sont que de forme, pas de coeur. Timeo Danaos et dona ferentes.

• • •
Powered by: WordPress • Template by: Wench • Syndication: RSS