Chercher

Calendrier

septembre 2005
L Ma Me J V S D
« août   oct »
 1234
567891011
12131415161718
19202122232425
2627282930  

30 septembre 2005

188.2

Classé dans : D***, F.B., M.P. — In Zikh @ 12:56

Ce soir-là, ce fut D*** qui demanda s’il pouvait rester passer la nuit chez moi, avec moi. Quelque temps plus tard, ce fut lui qui m’embrassa. C’est encore lui qui franchit les premières étapes du nouveau chemin de ma vie et de la sienne.

C’est Martin qui me prit dans ses bras, quand nous étions côte à côte dans l’ascenseur. S’il n’était reparti, plus tard, dans son pays, nos routes auraient osculé comme nos corps et nos coeurs le firent durant son séjour.

C’est Françoise qui, de collégiale, fit évoluer notre relation en amitié, de celles si rares où un regard suffit pour dire tous ce que les mots n’ont pu exprimer, et dans lesquelles la différence n’est pas une arme mais une force.


J’ai rarement osé faire le premier pas, le premier geste. Il m’est même arrivé de ne pas faire le second. Par crainte de ne pas être à la hauteur ou celle d’être ignoré ou rejeté ? Par orgueil qui me dictait d’attendre l’expression de l’amitié ou du désir de l’autre avant de dire le mien, qui pourtant était si fort ? Je n’ai jamais failli à la réciproque, surtout une fois le contact engagé. Mais c’est l’ouverture de la porte qui est si difficile…

• • •

25 septembre 2005

188.1

Classé dans : ...autres, D*** — In Zikh @ 16:47

Il est si facile de tomber dans la facilité, c’est après que les choses se compliquent : il est marié ou habite à l’étranger (ouch, ça fait mal) ; il semblait si intelligent (avant qu’il ne commence à parler) ; il aime tout ce que je n’aime pas (et inversement) ; il est celui avec lequel je rêve de vivre ma vie (avant d’avoir même commencé à le faire) tandis que lui n’y pensait même pas (tout en me promettant monts et merveilles, avec un regard si profond qu’il aurait fait fondre une sirène de glace) ; il ne veut que moi, moi moi (et je me demande comment je passerai de l’instant à l’infini avec cet étranger).


Quelle tentation, que la vie rêvée, imaginée et fantasmée ! quelle déception, le réveil le lendemain (parfois c’est le jour même) qui ne chante pas. Au sortir de l’adolescence (un peu tardivement, biologiquement parlant) j’ai voulu éviter de me cogner à chaque fois dans le mur vers lequel j’avançais à l’aveuglette. C’est alors que j’ai rencontré D***, c’est avec le temps que j’ai enfin pressenti la différence entre plaisirs et bonheur.

• • •

22 septembre 2005

185.2

Classé dans : ...autres — In Zikh @ 13:28

Il y a des disparitions qui sont dans l’ordre des choses : les parents avant leurs enfants, les plus âgés avant les plus jeunes - et même alors, lorsqu’il s’agit d’un être aimé, il en reste tristesse ou nostalgie qui accompagne comme un effluve plus ou moins présent.


C’est ce qui m’a retenu. Jusqu’ici.

• • •

21 septembre 2005

185.1

Classé dans : ...autres, D*** — In Zikh @ 23:42

Les obsèques de M*** ont eu lieu hier. Quand sa femme m’a appelé le jour de son décès pour me l’annoncer, elle m’a dit qu’il aurait aimé que j’y vienne ; je n’ai pas hésité, mais ce n’était pas “pour lui”, lui, il n’était plus là. ça l’était surtout pour les vivants - pour elle, pour ses enfants - même si ces derniers n’avaient cure que je sois là, même si j’avais l’impression de voir ce qui se passait à travers une vitre insonorisée, même si ceux à qui j’ai pensé étaient les miens, disparus. J’y suis allé surtout en mémoire de mes cousins, qui avaient eu tant d’affection pour lui et pour les siens sans être payés de retour. En avaient-ils été conscients ? Ils n’étaient pas bêtes, et quand on aime, on pardonne bien des choses. S’ils l’avaient fait, je pouvais le faire. Je devais le faire.


D*** ne voulait pas venir, indigné qu’il était encore par ces comportements dont j’avais parlé, si grande était son affection pour mes cousins. Il l’avait bien démontré, en veillant ma cousine dans son agonie ; et il n’avait rien à attendre d’eux, lui, contrairement à M*** et aux siens. Je n’ai pas tenté de le persuader, je lui ai seulement dit pourquoi j’irais, moi. Il s’est finalement joint à moi et je lui en suis reconnaissant, là aussi. La mort a effacé mon ressentiment, mais je n’ai rien oublié.

• • •

19 septembre 2005

184.1

Classé dans : F.A. — In Zikh @ 9:00

Françoise A. m’a vu naître. Enfin, presque. Aussi loin que je remonte dans mes souvenirs, je la vois avec son mari à ses côtés, tous deux bons comme du pain, du bon pain de campagne, le coeur sur la main. Ils sont de ceux, rares, qui vont vers l’autre avec tendresse, chaleur et discrétion ; de ceux dont les yeux sont un grand lac dans lequel on se baigne pour se ressourcer ; enfin de ceux chez qui la noblesse de sentiments n’est ni une pose ni une affaire de classe ou de culture et auprès de qui il fait bon se reposer, et avec lesquels on peut se souvenir en riant franchement ou avec une mélancolie discrète.

Leur jardin potager est à leur image ; généreux malgré la sécheresse et les ans, touffu, ombragé, aéré. Ce ne sont pas l’anémone et l’ancolie que l’on y trouve, mais, selon les saisons, pommiers, cerisiers ou noyers ; aubergines, tomates, laitues, poireaux, fraises ou framboises. Le repas du dimanche est de ceux d’où l’on ne sort de table qu’en fin d’après-midi, nourri autant par la cuisine chaleureuse et sans chichis que par la conversation à bâtons rompus, promenade à travers les méandres de nos histoires communes déroulant leurs broderies parfois surannées au cours de la journée, fils ténus remontant du lointain souvenir couleur sépia et événements récents hauts en couleur.


On ne se remet jamais de la perte d’un enfant, et la larme refoulée d’un parent est parfois bien plus émouvante qu’un sanglot long.

• • •

10 septembre 2005

180.1

Classé dans : D***, F.B. — In Zikh @ 10:27

Quand je pense aux personnes que je connais ou que j’ai connues, c’est tout d’abord une sensation physique qu’ils m’évoquent, celle d’une sorte d’aura invisible qui les entoure et dans laquelle je baigne, même en souvenir et loin d’eux ; selon la personne, elle est plus ou moins forte, agréable ou déplaisante. Rien de mystique : c’est plutôt mon côté instinctuel, animal qui doit ressortir ainsi, et auquel je ne fais pas toujours attention. Elle précède mon comportement à leur égard : quand je vais déjeuner avec Françoise, c’est avec un tel sentiment de bien-être - que je n’ai ressenti qu’une fois pour des raisons purement chimiques, lors d’une piqûre de morphine après une intervention quelconque - que je m’y rends, que je sais qu’elle me verra arriver souriant et détendu. Il en va ainsi, toutes proportions gardées, avec deux de mes stagiaires aux personnalités si agréables et pourtant si différentes - l’un extraverti, l’autre réservé - et qui excellent chacun dans leur travail, tandis qu’un troisième larron, qui m’avait mis mal à l’aise dès le début, s’avère être professionnellement ce qu’il est personnellement. Même si je me force à sourire quand je vais le voir, je me doute bien que quelqu’un de perceptif verra la différence ; heureusement, il ne l’est pas pour un sou.


Quant à D***, étrangement, il ne semble pas rayonner ainsi, ou alors en de très rares moments. C’est alors qu’il me semble apercevoir ce que je connais déjà depuis si longtemps, les antichambres de son for intérieur, lieux que je parcours souvent à l’aveuglette et qui s’illuminent un instant pour éclairer ma route.

• • •

7 septembre 2005

178.1

Classé dans : ...autres, L.C. — In Zikh @ 22:37

À l’école d’été où mes parents m’avaient envoyé, enfant, en Angleterre, je revois mon lit, dans une petite chambre où dormait aussi un des éducateurs. Une nuit, je me suis réveillé dans une étrange position. Quelque temps plus tard, mes parents sont venus me rendre visite, alertés, m’ont-ils dit bien plus tard, par ce que je racontais, naïvement, dans mes lettres : les caresses et les baisers dont j’étais l’objet de la part d’un des responsables pédagogiques. Je n’ai aucun autre souvenir de ce séjour.

J’étais un jeune adulte très inexpérimenté sur les choses de la vie quand je rencontrai Sol, avec lequel Liz m’avait mis en contact par amitié. C’était un homme dans la force de l’âge, pédopsychologue et éducateur renommé autant dans son cercle professionnel que dans le grand public, et auteur de nombreux livres de vulgarisation écrits pour certains avec sa femme prônant - entre autre - la responsabilité pour l’autre et l’aide aux (jeunes) égarés de la vie. Il n’eut pas de mal à me faire entrer dans son lit sans que je comprenne comment il s’y était pris.

Des années plus tard, je croisai Jean-Charles, enseignant, lui aussi. Je ne l’intéressai pas, il ne l’était que par des très jeunes, sous couvert d’un discours moralement élevé et socialement engagé. Je reconnus alors ce que je n’avais pu distinguer quand j’étais tombé dans les griffes de Sol : la manipulation, brillante et efficace, de jeunes personnes naïves et sans expérience, admiratives de sa prestance, de son statut et de son côté rassurant ; la hantise de vieillir qu’il combattait en se nourissant de ces proies. Quand il vit dans mes yeux le regard qui indiquait que je n’étais pas dupe, il mit toute son intelligence à tenter de me détruire.


J’aurais pu être dégoûté des adultes, et me retourner plus tard (à l’image de ce que j’avais subi) vers des jeunes ; j’ai eu la chance de ne pas le faire. J’aurais pu être dégoûté des éducateurs de tous ordres, mais j’ai eu le bonheur d’en rencontrer de grands auxquels je dois certaines de mes passions. Je n’ai qu’un regret, c’est que ces êtres qui auraient pu gâcher ma vie aient eu l’occasion de continuer à le faire avec d’autres.

• • •

1 septembre 2005

172.2

Classé dans : Patrick — In Zikh @ 19:29

J’avais fait la connaissance de Patrick il y a quelques années. Il était venu de sa province, nous nous étions vus et avions sympathisé. Après son retour chez lui, nous nous parlions de temps à autre ; il ne manquait pas de m’annoncer son passage imminent à Paris en exprimant un désir profond de me revoir, mais il n’en était rien. Puis ce fut le silence. Des années plus tard, il recommença à communiquer avec moi, cette fois électroniquement. Et ce fut le même schéma, à la cadence d’un ou deux messages par an, me proposant de nous revoir lors de sa prochaine visite à Paris. Je répondais amicalement que je serais disposé à le revoir, bien évidemment. Et l’échange s’arrêtait là.

Dans l’un de ses derniers courriers, il me parle de son compagnon qu’il aime, fait allusion à certains problèmes qu’il rencontre, évoque notre rencontre d’alors avec nostalgie et le regret de “n’avoir pas été correct avec lui” (je me demande bien de quoi il s’agit : je ne l’ai jamais séduit, ni a fortiori forcé, à faire quoi que ce soit), demande s’il est encore temps (je me demande bien pour quoi, il n’en dit rien). Ma réponse, amicale, curieuse et réservée, reste sans écho.

Quelques mois plus tard, il m’écrit pour m’annoncer son passage imminent à Paris. J’y réponds, à l’égal de moi-même.


Etrange sentiment que celui de réaliser qu’on est devenu un fantasme. On aperçoit une sorte d’image de soi, celle que projette l’autre : une sorte de doppelganger un peu flou qui n’est ni tout à fait soi ni tout à fait un autre. Je ne tiens pas à me transformer en l’ombre de cette ombre.

• • •

172.1

Classé dans : ...autres — In Zikh @ 0:01

J’avais eu un choc quand j’avais appris qu’il avait une tumeur au cerveau, j’apprends aujourd’hui qu’il est “en fin de vie”, quelques mois à peine après la disparition d’un cousin de cette même maladie, dont je disais qu’il me rappelait tellement papa, l’un et l’autre ayant été des hommes fondamentalement bons. M***, lui, porte le même prénom, rare, que papa, et il me le rappelle donc aussi, mais uniquement de ce fait.

Arrivé jeune en France, il avait été pris en sympathie par des cousins de maman, qui l’avaient aidé à s’installer, puis l’avaient accompagné au cours du temps avec simplicité et générosité, le coeur sur la main. Ces cousins s’étaient pris d’affection pour ses enfants, qu’ils virent naître et puis grandir, au point de les inclure parmi leurs héritiers. Mais quand l’âge et les infirmités qui en découlent les empêchèrent de continuer à être les moteurs de cette relation, ils n’eurent que très rarement la joie de revoir ceux qu’ils avaient aimés affectueusement ; ceux-ci, absorbés dans leurs vies et leurs affaires trépidantes, attendaient d’encaisser ce qui leur avait été promis. Il n’y avait plus que Rosette, femme au grand coeur et amie indéfectible, et moi qui fûmes là, jusqu’à la fin.

Ils furent présents aux obsèques. Il y avait là d’autres rapaces du même acabit, deux frères qui, à côté de la tombe qui n’était pas encore refermée, m’approchèrent pour tenter d’obtenir une restitution de ce que leur père avait donné à mon vieux cousin, en reconnaissance et en hommage à ce qu’il avait fait toute sa vie avec abnégation en travaillant dans leur entreprise familiale. Plus tard, M*** et sa famille essayèrent vainement de me convaincre, par tous les moyens, d’éviter de faire les dons que mes cousins avaient demandés, afin que leur part du gateau soit plus grande ; ils vendirent jusqu’aux chaussures de mon cousin pour en tirer ce qu’ils pouvaient au lieu de les donner à des associations de nécessiteux. Non, ils ne le sont pas, eux qui possèdent tellement d’appartements bourgeois, à Paris et ailleurs.

Malgré tout ceci qui m’attristait profondément, j’avais continué à prendre régulièrement de leurs nouvelles, mais je savais que je ne les intéressais plus : la poule aux oeufs d’or était morte. Je ne peux que souhaiter à M*** qu’il soit bien entouré en ses derniers moments par ses proches et accompagné de leur affection sur sa route finale vers l’inconnu.


Curieusement, il arrive que ce sont ceux qui ont le plus (de ressources matérielles) qui donnent le moins (de leurs sentiments), comme s’il leur en coûte bien plus que de jeter une aumône à un pauvre hère.

• • •
Powered by: WordPress • Template by: Wench • Syndication: RSS