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31 octobre 2005

202.4

Classé dans : M.Z., Papa et Maman — In Zikh @ 9:30

Je connais Martin depuis si longtemps. Sa femme, récemment disparue et qui m’aimait bien, m’a-t-il récemment écrit, avait travaillé avec Papa, mais je ne l’ai su que bien plus tard, quand j’ai fait connaissance de Martin dans mon cadre professionnel. Puis nos chemins ont divergés, distance oblige, pour se rencontrer grâce à l’Internet.

En réponse à sa question si perceptive (comment pouvait-il s’en douter, à des milliers de lieues de distance ?), je venais de lui raconter, désabusé, comment mon invention, celle qui a donné finalement tout son sens à mon oeuvre professionnelle, était toujours en danger de disparition ; comment elle venait d’être reproduite à bien plus grande échelle ailleurs - ce qui me conforte dans le constat de son originalité et de son utilité intrinsèques - mais sans aucune reconnaissance : bien au contraire, lors de sa toute récente inauguration à grandes pompes, j’ai entendu dire que c’était la première fois que… le premier lieu où…

Il me répond : Notre séjour ici est très court et on doit penser positif, en avant. Le soleil donne de l’ombre et de la lumière, il est mieux de regarder la lumière. Venant du coeur d’un homme à l’automne de sa vie et qui vient de perdre sa compagne aimée, ces paroles méritent que je prenne le chemin pour tenter de m’approprier cet état d’esprit, pendant qu’il est encore temps.


Même s’il est toujours temps, on le laisse trop souvent passer, justement pour cette raison.

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202.3

Classé dans : ...autres — In Zikh @ 8:04

À voir les images du film de sa vie superposées, on remarque ce qui dépasse.

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202.2

Classé dans : D***, E.R. — In Zikh @ 0:14

Depuis que j’ai rappelé Évelyne, conversation qui s’est agréablement passée, nous nous sommes écrits plusieurs fois. J’ai l’étrange sentiment que rien n’a réellement changé, ou plutôt si : plus égotiste encore qu’avant, elle n’accorde aucune attention à ce que je lui ai indiqué de mon oeuvre récente, ignore la longue réponse venue du profond de mes tripes à une question personnelle qu’elle me posait, ne fait aucune allusion aux renseignements que je lui ai fournis à sa demande ; mais elle insiste pour avoir encore plus de réactions de ma part sur ce qu’elle dit d’elle-même et de ce qui l’intéresse (ce que je ne manque pas de faire).

À sa dernière demande, insistante, je lui ai retourné le miroir. Soit elle comprendra et évoluera, soit elle s’en offusquera et brisera là. En tout état de cause, je ne veux plus laisser pourrir la situation et jouer le rôle d’écho à ses incertitudes.


Avec le temps qui passe, je constate que j’ai dû jouer pour quelques personnes un rôle de substitut de père, que je n’avais pas choisi et qui n’avait rien à voir avec nos âges respectifs (en général presques identiques), mais plutôt du fait de ma nature stable (me semble-t-il), de mon écoute, de la confiance accordée et jamais trahie et du soutien sans faille que j’essaie de donner. Un peu (mais bien loin) de celle de mon père, qui a tenu aussi cette place auprès de ma mère ; là non plus, ce n’était pas une question d’âge (ils avaient un an de différence), mais le fait qu’elle ait dû quitter le sien à l’adolescence, comme celui que D*** ait perdu le sien à cette époque de sa vie, peut expliquer leur recherche sans fin.

Mais ce rôle, j’aurais voulu le tenir auprès d’enfants chairs de ma chair, et non pas pour des amis. Si dans le premier cas il est immensément plus difficile mais splendide - c’est la construction d’un individu, et donc du monde, à laquelle on participe -, dans l’autre il est souvent ingrat, un puits sans fonds qu’on essaie de remplir, un besoin de consolation impossible à rassasier, le foie dévoré au quotidien. Et pour quel retour ? Et pour quel futur ?

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30 octobre 2005

202.1

Classé dans : G.K., I.S.S. — In Zikh @ 16:41

Quand Isabelle me fit rencontrer Gilles, je pensai que c’était un blanc-bec prétentieux et je me renfermai comme une huitre, bien que je connaissais le travail que ce Sisyphe faisait sans relâche dans le domaine où j’oeuvrais depuis fort longtemps. Aujourd’hui, j’étais l’un des deux témoins à son mariage, fier et heureux pour lui et pour ses proches ; je les voyais pour la première fois, eux me connaissaient depuis longtemps, Gilles leur ayant chanté mes louanges.

Gilles est fougueux et sans malice, une sorte de pur-sang naturel et brave comme du bon pain, intelligent et persévérant, au rire franc et clair qui lance comme un éclair de lumière là où il est. C’est ce côté extraverti, sans réserve, qui avait dû me gêner, au départ ; c’est celui qui le fit m’embrasser de si bon coeur, aujourd’hui. Comment ne pas l’aimer et lui souhaiter tout le bonheur ?


S’il m’arrive de regretter de ne pas avoir écouter ma petite voix intérieure, à certaines premières rencontres, je pense qu’il lui est arrivé de s’aveugler à d’autres, et je suis bien content de l’avoir alors ignorée.

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201.1

Classé dans : G.C. — In Zikh @ 0:15

Guy n’est plus qu’une voix, celle qui sort d’un corps inerte, qu’une oreille, qui perçoit ce qu’un homme normalement constitué ne peut entendre, qu’un regard intense comme le feu du brasier interne qui lui donne l’immense énergie qu’il lui faut pour vivre. Quand nous avions fait connaissance, à peine enfants, il ne pouvait marcher. Adolescent, il commença à avoir des difficultés à écrire. Adulte, il ne peut plus que bouger le bout d’un doigt, avec lequel il appuie sur la sonnette pour appeler la personne qui s’occupe de lui. Il aurait pu se laisser vivre, se laisser mourir, mais sa mère, oh si remarquable, a su lui donner la force et la curiosité de combattre. Ecole, université, écriture… il en a fait bien plus que ceux qui ont l’usage, si naturel qu’on n’y pense jamais, de leur corps. Sans se plaindre, avec humour et passion.

Quand nous étions adolescents et vivions dans le même pays, je venais régulièrement le voir, et nous refaisions le monde, parlions de tout et de rien. Ses sens si aiguisés lui permettaient de saisir ce qu’il ne pouvait appréhender en y allant. Il lisait les ouvrages philosophiques les plus difficiles, il regardait d’un oeil scrutateur les reproductions d’estampes chinoises, et il écoutait de la musique avec une rare intensité, musique de variétés surtout, un peu de classique populaire parfois.

Me disant que, vraiment, il fallait donner à cette oreille une écoute à la hauteur de son intelligence et de sa perception, je lui apportai un jour un enregistrement de la cantate BWV 106 (Actus Tragicus) de J.S. Bach. Je vins avec la partition de poche, dont je me servis pour guider son écoute, en chantant ce qui allait venir : le duo de flûtes à l’unisson dans la Sonatina d’ouverture, qui, soudain, se distinguent pour dialoguer brièvement l’une avec l’autre ; l’entrée du choeur suivi d’une fugue ; l’Andante, dans lequel deux mélodies différentes s’entrelacent avec un art suprême, l’une annonçant la mort de l’homme et l’autre l’arrivée du rédempteur, procédé repris, mais différemment, dans le Duetto… Une oeuvre d’une intensité remarquable, où le message religieux est inscrit dans la musique d’une façon inextricable.

Ce qui s’était passé alors a tenu du miracle : je n’avais jamais appris à faire une analyse de ce genre, je n’en ai jamais fait depuis ; j’étais inspiré, comme si un autre m’avait habité ce moment de grâce. Mais surtout, il l’entendit. Il me dit encore récemment que cette nuit-là, il ne put dormir, et que sa vie en fut transformée. Il venait de découvrir un champ infini, que je commençai alors à nourrir avec les oeuvres que j’aimais (il me souvient aussi de l’Oratorio de Pâques, de Schutz). Avec le temps, il se développa son propre goût, qu’il m’arrive d’ailleurs d’être loin de partager. On l’emmena écouter des concerts, il fit la connaissance de musiciens qui ne pouvaient manquer d’être touchés par l’écoute que Guy leur portait, et qui, pour certains, devinrent de ses amis.

Depuis que nous habitons des continents séparés, je ne le vois plus que rarement, mais le téléphone me permet de maintenir le lien. Depuis quelques mois, il me solicite de plus en plus souvent pour le fournir en livres enregistrés, ce qu’aucun de ses amis n’était capable de faire sur place. Il m’arrive d’être agacé par les instructions méticuleuses qu’il me donne en ces moments, pour me rappeler avec désolation que cette parole est, finalement, un substitut à ses gestes. Qui a vraiment analysé le geste le plus simple - dont Guy n’est même plus capable - sait son extraordinaire complexité.


Il y a de ces gestes presque anodins qui peuvent changer le monde de celui auquel ils s’adressent. S’il y a une action dont je peux être fier au-delà de réussites professionnelles ou personnelles, c’est bien celle-ci, dont j’ai pu voir les beaux fruits depuis lors.

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27 octobre 2005

200.1

Classé dans : ...autres, F.B. — In Zikh @ 1:59

Il m’écrit : “je crois que nombreux sont ceux qui n’ont pas été vers toi plus par crainte de ne pas être à la hauteur, intimidés au fond”. Cela rejoint ce qu’avait dit Françoise, qui est maintenant ma meilleure amie, de la difficulté qu’il y avait à m’approcher ; et la secrétaire d’Annette, qui m’avait dit qu’on l’avait prévenue que je n’étais pas d’un abord facile, et que, maintenant qu’elle me connaissait, elle ne pouvait le comprendre. Et pourtant, c’est si facile à comprendre, c’est tellement banal… la réserve, la timidité, la crainte du rejet, le désir d’être désiré.


Les masques sont une magnifique et terrible invention. Ils collent parfois tellement à la peau qu’on ne fait qu’un avec, et qu’il est difficile de les enlever, sauf devant les intimes. Ou les parfaits inconnus, mais ce n’est pas la même chose.

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19 octobre 2005

196.2

Classé dans : D*** — In Zikh @ 22:20

Je n’ai jamais aimé les conflits. Les ai-je fuis ? Dans certains cas, sans doute - par orgueil mal placé, par crainte de ma propre violence, pour éviter de blesser l’autre comme il venait de le faire à mon égard. Dans d’autres, là où cela comptait vraiment pour moi - avec D***, avant tout - j’ai souvent tenté de les résoudre, même si c’était à moi de faire le premier pas ; d’une part, D*** était plus orgueuilleux que moi pour le faire ; d’autre part, son sens de honte et de culpabilité était trop fort pour lui permettre de penser à une issue positive et à l’envisager, tel l’enfant qui a commis une faute et qui attend que son parent vienne lui pardonner. C’est pourquoi j’ai été si agréablement surpris quand il m’a appelé l’autre jour pour s’excuser de la façon méprisante avec laquelle son ami m’avait parlé.


Il peut y avoir une troisième issue : exprimer son ressentiment, sa frustration, sa colère ou sa rage, non pas forcément avec agressivité, mais avec fermeté ; ne pas l’ignorer, ne pas en faire l’impasse. Ce constat m’a saisi : avant même l’amitié, le respect est dû, et jamais unilatéralement. Je suis prêt, dorénavant, à revoir Évelyne : j’avais refusé de renouer lorsqu’elle me l’avait proposé, quelques mois après qu’elle eut rompu notre amitié de façon éhontée. Maintenant, je sais que je n’éviterai plus de la mettre devant l’évidence de son comportement à mon égard, le cas échéant, sans pour autant utiliser les procédés dont elle a fait usage à mon encontre.

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196.1

Classé dans : ...autres — In Zikh @ 19:19

J’ai longtemps pensé que la sensibilité était une qualité : l’émotion devant l’odeur d’une fleur ou un paysage ravissant, un tableau saisissant ou devant la souffrance des autres, la capacité à tourner une phrase ou un poème bouleversants - une telle attention ne pouvait être que vertueuse et ne pouvait que dénoter une grande empathie pour l’humain, à l’évidence.


Il me fallut du temps pour constater qu’il n’en était rien. Ou du moins, pas forcément. Cette émotion est souvent de l’ordre de la jouissance pour celui qui l’éprouve (même si elle peut être de l’ordre d’une délicieuse souffrance) ; elle est parfois une posture esthétique à faire apprécier par d’autres qui partagent cette attitude, voire un positionnement politique. Elle est rarement un vecteur de l’action, seul moyen réel d’expression de l’empathie. Dorénavant, je suis dans la “résistance à l’hystérie du discours conclusif, à l’emphase de la fiction, au songe d’apothéose de la belle apparence”, comme le dit si bien Michel Guérin dans son article “Passage Walter Benjamin”.

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195.1

Classé dans : A.M., I&M.M, Papa et Maman — In Zikh @ 1:47

Le passé des miens fait aussi partie de mon présent. Je me suis toujours senti étrangement proche des membres de ma famille et de leurs proches amis que je ne connaissais, pour certains, que par ouï-dire, uniquement parce qu’ils étaient de ma famille, et cela me prédisposait favorablement à leur égard ; ce n’est qu’exceptionnellement que, se concrétisant, la rencontre n’ait pas continué à se construire. L’étrange sentiment d’amitié, voire de familiarité, qui m’a lié à Anne, amie de jeunesse de Maman que je n’ai rencontrée qu’après le décès de Maman, en est l’une des manifestations ; ou celui qui me lie à Mollie, et pourtant nous sommes cousins à la mode de Bretagne. Ce rapport quasi-tribal à mes proches n’a pas été exclusif ; au contraire, il m’a aidé à créer des liens d’amitié tout aussi solides et durables avec des personnes rencontrées bien au dehors de ce cercle, auquel il s’est ouvert chaleureusement sans pour autant les étouffer.

Ce passé se manifeste aussi par des objets, pour certains anodins, sans aucune valeur vénale, qui sont pourtant chargés de précieux souvenirs, tel le porte-monnaie de Maman, qui vient de rendre l’âme et que j’ai pu jeter finalement sans regret, m’en étant servi avec grand plaisir ; il a vécu sa vie. Certains portent un témoignage : photos, lettres… ah, l’écriture ! j’y entends la voix de ceux qui avaient tenu la plume ou le stylo ; plus encore, il y a des cassettes sur lesquelles une amie avait enregistré un entretien avec Papa, que je n’ai jamais pu me résigner à écouter, tant je crains d’entendre sa voix résoner autour de moi ; elle est en moi, elle y restera.

Même si mes souvenirs sont si forts, je ne cherche pas à faire revenir les morts. Il n’y a pas de retour.


Les échos de mon passé auraient pu être des boulets qui m’empêcheraient d’avancer, ou, à l’inverse, des racines, de celles qui permettent d’être debout sur des épaules de géant ; dans ce monde qui change avec une vitesse accrue, ce n’est pas tant une nostalgie qu’un point de repère qui permet de ne pas être enlevé dans la bourrasque.

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18 octobre 2005

189.4

Classé dans : David — In Zikh @ 22:47

David a chanté hier les louanges d’Arielle Dombasle, après qu’une autre personne ait signalée qu’elle n’avait aucune voix : lui la trouvait splendide, intelligente et amoureuse de son mari comme au premier jour (il ne devait pas y être), après quelque 22 ans de mariage : il n’y a que lui qui ait son numéro de portable, c’est tout dire ! et quand il l’appelle, qu’elle soit en tournage ou non, elle se confond en minauderies dans l’appareil, quel couple…! Je ne l’ai jamais trouvé belle, elle me fait penser à une poupée Barbie et à Colette, en tentant de se donner une image de jouvencelle maniérée. Je n’ai pu m’empêcher de remarquer que ce que David voyait de leur couple, c’est ce qu’ils voulaient bien en montrer publiquement.


S’il y a un couple littéraire qui m’a ébloui, c’est celui de Rezvani et Lula, sublime s’il en est, dès le moment où, jeune adulte, j’avais découvert Les années-lumière puis Les années-Lula : avec celui de mes parents (mais autrement), ce doit être le modèle que j’ai inconsciemment suivi. Claude, qui partageait mon opinion à propos d’Arielle D., savait, lui, de qui je parlais, et bien plus que moi, d’ailleurs : il savait que Rezvani avait écrit des chansons à propos de Lula et l’avait peinte. Elle a définitivement disparu en décembre dernier, après une longue marche vers la nuit.

Malgré sa vive intelligence, David est dans le superficiel. Est-ce dû à son métier ? on y trouve pourtant des grands créateurs dont le regard va en profondeur. Il a d’ailleurs changé radicalement d’aspect, depuis que je l’ai vu pour la dernière fois, et s’attache à le cultiver d’un air faussement négligé sur la scène qu’il ne peut s’empêcher d’occuper, charmant les uns, piquant les autres, sans vergogne et avec un sourire désarmant. Après le dîner, D*** m’a dit que David lui avait dit, de but en blanc et devant les autres convives, qu’il lui avait plu du premier coup d’oeil.

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