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20 juin 2005

143.1

Classé dans : ...autres, Papa et Maman — In Zikh @ 9:01

J’ai toujours cru les déclarations qu’on me faisait. L’un des genres qui a rarement manqué de m’émouvoir est celui-ci : “j’ai tellement envie de faire ta connaissance”, “je te rappelle dès mon retour“, “on se voit très bientôt, n’est-ce pas ?”, malgré que la vie m’a prouvé que ce ne sont parfois que des formules vides de sens dont le poids ne se mesure pas au choix des mots ni au ton avec lequel ils sont proférés mais à ce qui ne peut se savoir au moment où elles sont dites : à ce qui s’en suivra ; curieusement, plus la déclaration est prégnante plus elle peut être creuse, comme un balon rempli d’air qui explose en plein vol ou disparaît dans le ciel de mes espoirs rapidement déçus. Quand c’est dans la bouche d’inconnus, la blessure passe vite.

J’ai toujours lu les sourires avenants avec plaisir à la vue de visages qu’ils illuminent ainsi, pour me rendre compte que parfois ils ne dissimulaient que fort mal des carnassiers, tel cet homme qui s’est ainsi débarassé d’un tiers de mes collègues par tous les moyens, le sourire à la bouche. Venant de personnes que je fréquente au quotidien parfois bien malgré moi, je devrais être sur mes gardes, et pourtant.

Si ce constat a souvent heurté ma trop grande sensibilité et déçu des espoirs somme toute chimériques, il n’a pas suscité méfiance ou paranoia ; il a encouragé, par contre, ma réserve, même si j’ai toujours une certaine difficulté à réaliser qu’un sourire peut être indifférent voire un artifice calculé, quand bien même je le sais intellectuellement.


Enfant, j’entends encore ma mère me dire qu’il ne fallait pas faire forcément confiance à des messieurs inconnus qui me parleraient en souriant dans la rue. Elle savait, elle, ce qui serait - ou était déjà - un de mes talons d’Achille.

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11 commentaires »

  1. « Lorsque je souris à mon chien, il perçoit dans la dentition découverte, l’expression ostentatoire d’une agression potentielle. Il m’arrive de ressentir cette même alarme au contact de certaines personnes, ceux dont le sourire incarne une morsure toujours prête. J’ai décelé moins de douceurs dans bien des masques affables que dans certains poings fermés. Quelle que soit la clarté, la lucidité ou la beauté du discours, l’humanité se mesure en acte, un maître étalon sourd aux litanies et aux fausses manifestations. Ce que nous ferons les uns pour les autres demeure sa seule graduation. »

    Commentaire par doP — 20 juin 2005 @ 11:18
  2. De qui est ce texte ?

    Si je suis d’accord avec cette citation sur "la mesure en acte" (mais n’est-ce pas toi qui me reprochait par ailleurs mon pragmatisme ?), je n’y parlais pas des sourires carnassiers : ceux-là, je les repère, en général. Mais que faire à un sourire qui semble si honnête, à une déclaration qui paraît si sincère avant que les actes (ou leur manque) ne les démentent ? ?? l’inverse, une personne réservée quand on ne la connait pas peut se révéler chaleureuse et généreuse avec la familiarité grandissante.

    Le temps, donc.

    Commentaire par In Zich — 20 juin 2005 @ 19:32
  3. Je l’ai remanié un peu pour l’occasion mais il date, d’où les guillemets, dans le contexte originel, la mesure en acte était un reproche que je me faisais à moi-même, le procès d’alors est un doux euphémisme comparé à aujourd’hui mais les conditions ont bien changé. Le texte ne parle pas de sourire carnassier, la parabole du chien qui perçoit, avec son dressage inné, le danger dans un sourire véritablement avenant, induisait l’inverse chez l’homme dont l’éducation voudrait qu’un sourire soit la manifestation d’un accueil alors qu’il est parfois le paravent à de sourdes intentions.
    T’en souviens-tu, lorsque tu as répondu à mon « appel » grâce auquel j’ai pu découvrir ton journal, j’ai été frappé en commençant à lire, par des mots qui semblaient étrangement dépouillés d’émotion tant ils étaient le reflet factuel de la vie, du moins d’un premier abord, « Le jour où Papa mourut… La nuit où Maman mourut » et étrangement, j4en ai été ému d’emblée. Comment peut-on écrire ça si froidement, ce n’est pas possible me suis-je dit, j’ai continué à lire et la musique s’est mise à miroiter, à battre d’une mesure cardiaque. Un peu plus tard j’ai lu « Je viens toujours, quand on m’appelle. » ce dont je suis témoin, j’ai « appelé », tu as répondu, c’était un acte, en accord avec la parole accueillie par ton journal. Le mot « reproche » vis à vis du « pragmatisme» que tu déploie est trop fort comparé à ce que j’avais voulu dire… tu exagère là, plus simplement, je trouve ces moments qui sont davantage intérieurs à l’émotion « Pourtant, je sais que son coeur, où je vois tout, est rempli de larmes », utiles vis à vis d’un travail de dépliage plus fonctionnel qui semble être le corps du tissage, donc tout aussi important, les premiers sont comme l’injection d’un relief « sur-dimensionnel » aux seconds, ce sont à mon sens des moments de cristallisation dans l’identité qui éclairent au lecteur les raisons de cette inclinaison pour l’écoute mais aussi de la perméabilité aux manifestations visibles « J’ai toujours cru les déclarations qu’on me faisait». Pour nous, lecteurs qui te suivons, avons besoin de manifestations variées pour comprendre en profondeur le sens d’une parole, c’est humain. Alors qu’une vision d’ensemble me permet de mieux lire, aujourd’hui bien moins qu’hier, je pourrais te faire le reproche de ce qui m’avait surprit en premier lieu. Cette simplification du regard, l’amalgame entre la réalité et son sens, ce contact très étroit entre les faits et la représentation des faits, sans affect perceptible dans un premier temps « C’est alors que j’ai compris que les larmes ne servent à rien ; bien au contraire, elles empêchent souvent de voir l’essentiel et de s’en rapprocher… , j’en avais perdu l’habitude, je ne sais pas comment tu procède pour opérer à la fois une mise à plat de l’épiderme des conjonctions relationnelles, comme un praticien le ferait d’un écorché, tout en en drainant une résonance si accordée, juste et mélodieuse à l’esprit. Une expression commence à semer chez les autres au moment ou la voix s’est mise en vibration avec la vie qui l’héberge. « pourquoi écrire » disais-tu, aujourd’hui pour moi, afin de me parler à moi-même, de m’être utile et par voie de conséquence, l’être aux autres, tenter de s’alléger c’est décharger les autres. Tu demandais aussi pourquoi écrire « ici », ce que je sais, c’est que ces mots dits autrement, m’apportent et je sais ne pas être le seul. Est-ce une raison en soi… les réflexes de vie qu’engendre la parole, du moins certaines, chez l’auteur et chez les lecteurs me paraît être une bonne raison.
    Nous sommes d’accord sur le remède aux fausses manifestations, je n’ai pas trouvé mieux que le temps non plus, je pense à ce verbe tout simple dont le double sens, émotionnel et d’examen (du temps et des circonstances), semble coller au propos de cet article et du bloc 2, « éprouver ».
    (désolé de m’être autant étendu…)

    Commentaire par doP — 21 juin 2005 @ 22:12
  4. Ces mots sont comme des bris d’un miroir terni que l’on se doit de manipuler avec précaution lorsqu’on essaie de les recoller pour tenter d’y apercevoir une image, une perspective ; au détour d’une phrase, l’ombre d’une silhouette ou d’un paysage étrangement familiers se dessine un instant pour s’effacer bientôt dans le mystère finalement insondable du quotidien. Et les fragments réassemblés se redéfont alors soudainement.

    Commentaire par In Zich — 21 juin 2005 @ 23:28
  5. Ces mots sont comme des bris d’un miroir terni que l’on se doit de manipuler avec précaution lorsqu’on essaie de les recoller pour tenter d’y apercevoir une image, une perspective ; au détour d’une phrase, l’ombre d’une silhouette ou d’un paysage étrangement familiers se dessine un instant, parfois reflétée à l’infini mais chaque fois sous un angle différent, pour s’effacer bientôt dans le mystère finalement insondable du quotidien. Et les fragments réassemblés se redéfont alors soudainement.

    Commentaire par In Zich — 22 juin 2005 @ 0:04
  6. J’essaierai davantage et mieux…

    Commentaire par dop — 22 juin 2005 @ 5:13
  7. Ce n’était pas un commentaire à ton encontre, mais une tentative de réponse à ton "je ne sais pas comment tu procèdes". Je ne me suis d’ailleurs pas posé la question, je laisse flotter vers moi ces formes comme des nuages dans le ciel ou des nénuphars sur un lac, et c’est une sorte d’écriture automatique, presque inconsciente et sûrement involontaire, qui leur donne ce corps. Quand il m’arrive d’en relire, je me dis que je est parfois un autre (selon la merveilleuse expression de Rimbaud).

    Commentaire par In Zich — 23 juin 2005 @ 12:14
  8. J’ai la sensation d’être dans un travail semblable et inverse, un réceptacle mais aussi un alchimiste, je mélange et je regarde ce que ça donne, mais au fond la chronologie de ton journal pourrait laisser penser pareil. Et puis écrire en public n’a t-elle pas aussi cette fonction d’agitation ?
    Procéder de prudence avec l’autre et sa parole ne me semble pas subsidiaire mais je pense discerner ce que tu décris, c’est drôle, cela ne signifie peut-être pas la même chose pour chacun mais cela ressemble tout de même à un procédé psychanalytique que de se mettre en recueil de ce qui passe, sans pour autant l’alourdir d’un sens ni d’une longévité, toi qui disais ne pas en détenir les clefs, au moins ouvre tu les fenêtres??? :o)

    Commentaire par doP — 23 juin 2005 @ 21:53
  9. Par temps de chaleur, il est parfois bon de faire des courants d’air ; même si ce n’est que temporaire et parfois illusoire (il faut encore plus chaud dehors), cela peut aider à respirer.

    Quant aux clés, je me demande parfois s’il y en a, ou s’il suffit simplement que la main se pose sur la poignée - le bon geste au bon moment - pour que la porte (ou la fenêtre) s’entr’ouvre.

    Je n’en sais rien, réellement, alors je pose ma main sur des poignées en passant au hasard du temps (pour ma part, je n’y vois aucune chronologie ; parfois il me semble même que tout ceci se passe hors du temps).

    Commentaire par In Zich — 28 juin 2005 @ 0:07
  10. le bon geste au bon moment… cela me fait penser à la " rencontre", qui d’après moi se fait à trois, les deux bonnes personnes et le bon moment.
    C’est ce que j’entendais par chronologie, il ne semble pas y en avoir et cette apesanteur est agréable pour permettre des combinaisons perpétuellement réinventées…

    Commentaire par dop — 29 juin 2005 @ 7:08
  11. L’achronologie et l’apesanteur permettent de revisiter des paysages déjà parcourus et de les regarder autrement.

    Commentaire par In Zich — 29 juin 2005 @ 9:08

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